Doris tricolore

Felimare tricolor | (Cantraine, 1835)

N° 205

Méditerranée occidentale, Atlantique proche

Clé d'identification

Large ligne médiane jaune ou blanche, démarre entre les rhinophores
Manteau couronné par des taches blanches
Fine ligne blanche sur les flancs
Pointe blanche au bout des rhinophores
Ligne blanchâtre externe sur les feuillets branchiaux

Noms

Noms communs internationaux

Tricolor doris (GB, NL), Doride tricolore (I), Doris tricolore (E), Dreifarbige Sternschnecke (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Le nom de genre Felimare a remplacé celui d'Hypselodoris chez certaines espèces, après une étude de Johnson et Gosliner en 2012 de typage des Chromodorididés par l'ADN mitochondrial. Tous les sites scientifiques de référence n'ont pas encore intégré cette modification récente (et peut-être transitoire). .
Hypselodoris midatlantica Gosliner, 1990 peut être considéré, pour le moment, comme un synonyme, peu usité ! (Voir en bas de la fiche : La bataille des taxonomistes !)
Hypselodoris messinensis est aussi retrouvé dans certaines publications, dans d’autres c’est Hypselodoris fontandraui qui est rebaptisé H. messinensis ! (Notez que « messinensis » n’est plus utilisé pour le groupe des Chromodoris).

Distribution géographique

Méditerranée occidentale, Atlantique proche

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Présent dans le bassin méditerranéen occidental, l’Adriatique et dans l’Atlantique Est adjacent (Canaries, Maroc, Açores, Portugal, bassin d’Arcachon).

Biotope

Fonds durs et ambiance sciaphile. Observés de 5 m à 60 m de fond, souvent sur des éponges des genres Scalarispongia, Spongia et Dysidea dont ils se nourrissent.

Description

Le corps de ce nudibranche est lisse et allongé, l’extrémité postérieure est plus étroite que l’avant large et arrondi. La couleur est bleue à bleu violet. Une large ligne médiane jaune à blanchâtre démarre entre les rhinophores* et se termine un peu au delà du panache branchial. Le dessus du manteau est couronné par une succession de taches blanches plus ou moins visibles. Le manteau est bordé par une ligne jaune orange, il recouvre la « tête », pas l’arrière du pied. Le pied est souligné par une bande blanche ou jaune médiane.
Les flancs sont parcourus longitudinalement par une fine ligne blanche, à l'occasion jaunâtre et parfois discontinue.
Les 2 tentacules buccaux courts sont dissimulés sous le manteau.
La paire de rhinophores bleus à 10/12 lamelles obliques se termine par une pointe blanche translucide. Cette extrémité a la forme d’un petit tube tronqué.
Le panache branchial est penné et composé habituellement de 8 (6 à 9 comptés sur les photos) feuillets branchiaux chacun marqué d’une fine ligne blanchâtre externe. Les rhinophores et les branchies sont rétractiles. La taille est de 30 à 45 mm.

Espèces ressemblantes

Il faut noter que la coloration des doris bleus, surtout chez les juvéniles, peut différer considérablement d’un animal à l’autre et en fonction de sa zone géographique.

  • La confusion est classique avec Felimare orsinii qui est plus petit (20 mm maximum) et aux lignes blanches et jaunes plus fines. Absence des fines rayures interrompues blanches entre la médiane et la bordure. On le rencontrera essentiellement sur des éponges noires (Scalarispongia sp.) et très souvent en nombre.
  • Felimare fontandraui ressemble également beaucoup à F. tricolor, mais sa couleur bleu violet a une certaine transparence. Sa ligne centrale, blanche, est plus "accidentée" que chez H. tricolor. Ses rhinophores et panache branchial sont plus foncés et plus massifs.
  • Felimare villafranca a des lignes longitudinales beaucoup plus fines, jaunes, orange ou/et blanches, parfois en réseau, sur tout le dorsum.
  • Les autres membres du groupe des "doris bleus" (Felimare gasconi, Felimare cantabrica, ..) peuvent également être source de confusion avec F. tricolor, notamment à l'état de juvéniles.

Alimentation

Tous les nudibranches, doridiens inclus, sont carnivores, leurs systèmes digestif et enzymatique sont adaptés à une alimentation animale, et non végétale.
Les éponges du genre Scalarispongia, Spongia, Dysidea (Dysidea avara et Dysidea fragilis) sont broutées par ce doris bleu.

Reproduction - Multiplication

Les mollusques se reproduisent uniquement par voie sexuée et sont ovipares* (pondent des œufs fécondés). Les nudibranches sont hermaphrodites* (mâle et femelle). Ils possèdent les organes reproducteurs du mâle et de la femelle, tous deux fonctionnels. Mais l’autofécondation n’a jamais été prouvée, ainsi, l’accouplement est nécessaire pour l’échange de gamètes* et la fécondation*.
Un orifice génital est souvent bien visible sous le manteau, à l’avant droit de l’animal. Cette disposition latérale des orifices génitaux, explique la position tête-bêche adoptée par les doris lors de l’accouplement pour s’entre-féconder.
La larve* ciliée* est pélagique* (larve véligère*), elle donnera un adulte par métamorphose*.

Chez Felimare tricolor : les pontes forment d’étroites bandes gélatineuses (5 mm de large environ) blanches spiralées (généralement 2 tours et demi), les œufs sont blancs. La ponte est collée au substrat par un côté de la bande, l’ensemble fait un diamètre de 30 mm environ.

Divers biologie

Espèce relativement commune.

Informations complémentaires

La bataille des taxonomistes*
La détermination* (mettre un nom sur une espèce bien identifiée !) de cette « limace bleue » de Méditerranée et d’Atlantique proche reste un casse tête pour les plongeurs biologistes et les scientifiques qui sont amenés à travailler dessus. La nécessité d’avoir un nom précis sur les espèces étudiées, par les biochimistes, les écologistes entre autres, est capitale. Mais la description trop imprécise du premier auteur (Cantraine, 1835) est à l’origine d’innombrables erreurs et révisions du nom de ce doris et du genre Hypselodoris.
Mais la révision précise faite par les auteurs espagnols Ortea J. & coll en 1996 de la famille des Chromodoridés bleus d’Atlantique, permet une détermination beaucoup plus précise de ce groupe. Malheureusement, le consensus tant espéré sur le genre Hypselodoris n’a pas eu lieu au sein des taxonomistes, et les controverses, les disputes et les discussions sont toujours vives sur les noms à adopter ! Ainsi, certains s’obstinent et continuent à rebaptiser le "doris tricolore" : Gosliner, T.M. & johnson, R.F. (soutenus par d’autres auteurs espagnols Cervera J.L., …) lui donnent le nom de Hypselodoris midatlantica en 1990, considérant que la description trop vague de Cantraine en 1835, ne permet pas de conserver le nom original de H. tricolor.
Cette « bataille » n‘est pas à la gloire des taxonomistes, et seule la Commission Internationale de Nomenclature (International Commission on Zoological Nomenclature) a le pouvoir de trancher le débat.

Origine des noms

Origine du nom français

Doris tricolore : francisation du nom d'espèce.

Origine du nom scientifique

Felimare : du latin [felis] = chat et [mare] = mer : chat de mer. L'origine de ce nom de genre, originellement créé par les malacologues brésiliens Eveline et Ernst Marcus en 1971, est une hypothèse. Le couple Marcus était habitué des dénominations "bizarres" et ne donnait jamais d'explications sur le sujet. On peut sans doute chercher cette origine dans la sympathie appuyée d'Eveline Marcus (1901-1990) pour les chats.

tricolor : du latin [tricolor, is] = tricolore, trois couleurs ! Bleu, blanc et jaune.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Doridina Doridiens Corps aplati. Anus dorsal entouré complètement ou partiellement par des branchies de remplacement ramifiées qui peuvent être rétractées (voire absentes). Mangeurs d’éponges, habituellement armés de spicules calcaires internes.
Famille Chromodorididae Chromodorididés Doridiens au corps mou allongé et étroit, à coloration vive. Dos en général lisse, bord du manteau développé à l’avant. Pied effilé à l’arrière, dépassant du manteau. Rhinophores lamellés, tentacules buccaux courts et coniques, branchies pennées.
Genre Felimare
Espèce tricolor

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