Doris cantabrique

Felimare cantabrica | (Bouchet & Ortea, 1980)

N° 222

Golfe de Gascogne, Atlantique ibérique

Clé d'identification

Doridien bleu foncé de 10 à 65 mm de longueur
Rhinophores bleu foncé avec une ligne claire en arrière
Multiples taches jaunes sur le manteau et le pied
Lignes jaunes en V inversé à la face externe des branchies

Noms

Autres noms communs français

Limace « Gordini » (sur le Bassin d’Arcachon, notamment).

Noms communs internationaux

Cantabric doris (GB), Doris cantàbrico (E), Kantabrischer Doris (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Hypselodoris cantabrica Bouchet & Ortea, 1980

A longtemps été confondu avec Felimare picta jusqu’à la publication de Philippe Bouchet et J. Ortea en 1980.

Le nom de genre Felimare a remplacé Hypselodoris après une étude de Johnson et Gosliner en 2012 de typage des Chromodoridés par l'ADN mitochondrial.

Distribution géographique

Golfe de Gascogne, Atlantique ibérique

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Tout le golfe de Gascogne selon Bouchet 1980, de Roche-Bonne (Charente-maritime) au nord à Oviñana (Asturies) au sud-ouest. Une observation récente repousse sa limite nord au golfe du Morbihan.
Selon Ortea 1996, toute la côte atlantique ibérique, marocaine, et la proche Méditerranée jusqu’à Almeria.

Biotope

Faciès* rocheux de la zone infra-littorale* de la surface à 30 m environ, où l’on rencontre des éponges de genre Dysidea.

Description

Doridien élevé et allongé, mesurant jusqu’à 65 mm en extension (110 mm selon Ortea 1996), de couleur générale bleu foncé avec de multiples lignes et taches blanches, jaunes et bleu clair.
Le pied* est surélevé et dépasse largement le manteau* en arrière.
Les individus de tous les âges ont le manteau* entouré d’une fine bordure jaune, bordée à l’intérieur d’une bande bleu clair.
Une ligne médiane jaune démarre en avant des rhinophores*, parcourt toute la longueur, entoure les branchies* et se poursuit jusqu’au bord postérieur du manteau*. Cette ligne devient discontinue chez les individus adultes. Elle se poursuit sur le dessus du pied*.
Entre cette ligne et la bordure bleue, de multiples taches jaunes irrégulièrement disposées apparaissent au fur et à mesure que l’individu grandit : quasiment aucune à 10 mm, deux lignes discontinues à 20 mm, un tapis irrégulier à 60 mm. Le pied* bleu foncé se couvre de taches jaunes également au fur et à mesure de la croissance.
Le manteau* a un aspect légèrement verruqueux et porte dans son épaisseur des glandes à mucus toxique situées autour des rhinophores* et en arrière des branchies*.
Les rhinophores* pennés* sont bleu très foncé presque noir, chaque lamelle porte à l’arrière une tache jaune, constituant une ligne pointillée. Les branchies* au nombre de 8 à 14 sont rétractiles facilement, dès que l’animal est inquiété. De couleur bleu foncé elles portent à leur face externe une double ligne jaune en forme de V à pointe en haut, et une ligne blanche à leur face interne.

Espèces ressemblantes

Sur les côtes françaises, la confusion est possible entre divers doris bleus et notamment des juvéniles de Felimare cantabrica et Felimare tricolor adulte.

  • Felimare tricolor a une seule ligne claire à l’extérieur des branchies* et non un V inversé. Ses rhinophores* sont uniformément bleus.
  • Felimare gasconi, dans la proche Méditerranée, lui ressemble, mais les lignes du dos sont plus régulières, et les branchies portent une seule ligne blanche et non un V inversé.

Alimentation

Essentiellement des éponges, du genre Dysidea. La prédation de Dysidea fragilis a été prouvée. Au bassin d’Arcachon, il pourrait s’attaquer aussi à Dysidea pallescens (sous réserves).
Les gastéropodes râpent leurs aliments avec leur radula* (sorte de râpe constituée de rangées de dents chitineuses*).

Reproduction - Multiplication

Les mollusques se reproduisent uniquement par voie sexuée et sont ovipares* (pondent des œufs fécondés). Les nudibranches sont hermaphrodites* (mâle et femelle). Ils possèdent les organes reproducteurs du mâle et de la femelle, tous deux fonctionnels. Mais l’autofécondation n’a jamais été prouvée ; ainsi, l’accouplement est nécessaire pour l’échange des spermatozoïdes* et la fécondation*.
Un orifice génital est souvent bien visible sous le manteau, à l’avant droit de l’animal. Cette disposition latérale des orifices génitaux, explique la position tête-bêche adoptée par les nudibranches lors de l’accouplement pour s’entre-féconder.
Les copulations commencent fin mai dès que l’eau dépasse 15-16 °C et durent jusqu’en octobre certaines années.
La ponte est un ruban plat blanc de 10 à 15 mm de largeur enroulé en spirale sur trois tours, collé au support par un de ses bords. L’ensemble de la ponte fait 30 mm de diamètre environ.
La larve* ciliée* est pélagique* (larve véligère*), elle donnera un adulte par métamorphose*.
La phase larvaire est assez courte : on commence à voir des juvéniles en juillet. En fin d’été, on rencontre donc des vieux adultes de 9 -10 mois et des juvéniles de 1 mois ou deux. En hiver, on ne rencontre que des post-juvéniles de 20 à 30 mm.

Divers biologie

Espèce très commune toute l’année, fréquentant les mêmes sites rocheux que les plongeurs. Même les débutants arrivent à la voir !
En été, on la rencontre sur tous les types de supports : sable, algues vertes Ulva, algues rouges, éponges rouges… En hiver, on la rencontre seulement sur ou à proximité des éponges grises (Dysidea sp.) On la rencontre aussi bien de jour que de nuit, elle ne fuit pas particulièrement la lumière des lampes.

Informations complémentaires

Comme moyen de défense, elle dispose dans l’épaisseur du manteau de plusieurs glandes pleines de longifoline* (un furanosesquiterpène) tiré des éponges Dysidea qu’elle mange. Ces poches sont situées au pied des rhinophores et en arrière des branchies, protégeant les organes les plus fragiles de l’animal.
Malgré ses couleurs vives (couleurs vexillaires* ou aposématiques*), il arrive qu’un prédateur s’y attaque et laisse des cicatrices (cf. photo).
La forme des dents de la radula, particulière à chaque espèce, est un critère majeur dans l’identification des espèces. Celle de Felimare cantabrica a pour formule radulaire* : 63(135, 0, 135) selon Bouchet, mais jusqu'à : 90(223, 0, 223) selon H. Gantès. Les dents sont bicuspides* avec 5 ou 6 denticules sur le bord externe.

Origine des noms

Origine du nom français

Doris cantabrique : en référence à sa répartition géographique.

Limace "Gordini" : le développement de la plongée sous-marine au bassin d’Arcachon et sur la Côte basque à la fin des années 60 fut contemporain des heures de gloire de la Renault-8 Gordini, bleue à bandes jaunes. D’où le nom donné par les plongeurs à cette limace.

Origine du nom scientifique

Felimare : du latin [felis] = chat et [mare] = mer : chat de mer. Nom de genre créé en 1967 par Eveline et Enst Marcus, malacologues brésiliens. Eveline avait une prédilection pour les chats, et le sens de l'humour pour inventer des nom de genres originaux.

cantabrica
, en référence à sa répartition géographique : le golfe de Gascogne, dit Cantabrico en espagnol.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Doridina Doridiens Corps aplati. Anus dorsal entouré complètement ou partiellement par des branchies de remplacement ramifiées qui peuvent être rétractées (voire absentes). Mangeurs d’éponges, habituellement armés de spicules calcaires internes.
Famille Chromodorididae Chromodorididés Doridiens au corps mou allongé et étroit, à coloration vive. Dos en général lisse, bord du manteau développé à l’avant. Pied effilé à l’arrière, dépassant du manteau. Rhinophores lamellés, tentacules buccaux courts et coniques, branchies pennées.
Genre Felimare
Espèce cantabrica

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