Doris géant

Felimare (Hypselodoris) picta | (Schultz in Philippi, 1836)

N° 69

Méditerranée pour H. picta picta

Clé d'identification

Grande taille, 10 à 15 cm en général
Manteau court au bord festonné et ondulé
Rhinophores bleus
Panache branchial clair et taché de jaune
Tout le corps est parsemé de taches jaunes

Noms

Noms communs internationaux

Giant Doris (GB), Doride dipinto (I), Doris gigante (E), Sternschnecke, Riesen-Doris (D), Reuzendoris (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Le nom de genre Felimare a remplacé celui d'Hypselodoris chez certaines espèces, après une étude de Johnson et Gosliner en 2012 de typage des Chromodorididés par l'ADN mitochondrial. Tous les sites scientifiques de référence n'ont pas encore intégré cette modification récente (et peut-être transitoire). Le nom de genre Hypselodoris est donc encore provisoirement utilisé sur la présente fiche et les photos, dans l'attente d'une harmonisation des sites et d'une pérennisation du nom de genre.

La grande variation des couleurs et des dessins du manteau, ainsi que la large distribution des deux côtés de l’Atlantique de ce nudibranche fait qu’il est connu sous de nombreux noms :

Hypselodoris picta picta (Schultz in Philippi, 1836)
Hypselodoris elegans (Cantraine, 1835).
Hypselodoris webbi (d'Orbigny, 1839) ou Polycera webbi d'Orbigny, 1839
Hypselodoris valenciennesi (Cantraine, 1841). (Autrefois, Glossodoris valenciennesi et Chromodoris valenciennesi)
Hypselodoris edenticulata (White, 1952), [Caraïbes (Florides)] : pour l’auteur Cervera J.L., il s’agirait d’une espèce à part, compte tenu de différences biologiques notables avec H. picta. Pour d’autres auteurs, il s’agirait d’une sous-espèce nommée H. picta edenticulata.
Hypselodoris tema Edmunds, 1981, [Afrique de l’Ouest] : idem, (voir « espèces semblables »)
Doris scacchi delle Chiaje, 1830
Doris calcarae Vérany, 1846
Doris nardii Vérany, 1846
Chromodoris cantrainii Bergh, 1879

Distribution géographique

Méditerranée pour H. picta picta

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Caraïbes

L’ensemble des sous-espèces issues de H. picta est présent dans : tout le bassin méditerranéen, l’Adriatique, dans l’Atlantique Est adjacent de l’Espagne (golfe de Gascogne) à l’Afrique de l’Ouest et en Atlantique Ouest, de la Floride au Brésil.
Mais Hypselodoris picta picta n’est présent qu’en Méditerranée où il est considéré comme endémique* (d’Israël à Gibraltar où il est progressivement remplacé par H. picta webbi). Noter que cette sous-espèce, H. picta picta, correspond à l’espèce (H. picta) initialement décrite par Schultz en 1836.

Biotope

Rencontré sur des fonds durs, dans les herbiers de posidonies ou sur des fonds détritiques, souvent en ambiance sciaphile*, ce doris géant sera observé de la surface à 60 m de fond, souvent sur des éponges du genre Ircinia, sur des hydraires ou sur des gorgones. Le doris géant affectionne particulièrement les épaves (Saint-Dominique et "Barge de Carro", pour la région Marseillaise).

Description

Il s’agit du plus grand doris de Méditerranée, il peut atteindre 20 cm de long (10 à 15 cm le plus souvent). Le corps élevé de ce nudibranche est de section grosso modo carrée, il est lisse et allongé. La couleur générale de cette sous-espèce méditerranéenne (Hypselodoris picta picta) est le plus souvent à dominante jaune et claire, dans d’autres cas, la dominante bleu-violet, vert clair, voire brune (couleur de fond du manteau) prend le dessus. Le manteau est parcouru par une série de points, taches, petits cercles et fines lignes plus ou moins interrompues de couleur jaune vif. Les juvéniles ont trois lignes longitudinales et dorsales jaunes bien marquées, ils diffèrent nettement des adultes, où ces trois lignes peuvent fortement s’estomper, voire disparaître. Dans tous les cas, les deux lignes jaunes latérales restent visibles dans la zone des rhinophores qu’elles rejoignent et entourent.
La périphérie du manteau forme un ourlet nettement ondulé (bord festonné*). Le manteau est bordé de jaune au dessus, et plus clair en périphérie et au dessous. Le manteau recouvre l’avant du corps (la « tête »), pas l’arrière du pied qui reste bien dégagé et visible.
Les flancs et le pied sont parcourus par les mêmes dessins que le manteau.
La « tête » possède deux tentacules buccaux courts.
L’imposant panache branchial est penné et composé de onze feuillets branchiaux, chacun marqué d’une fine ligne jaune interne et d’une ligne plus large (souvent en pointillés) sur la face externe.
Les rhinophores et le panache branchial peuvent se rétracter dans des fourreaux clairement visibles chez cet animal.
Les rhinophores sont d'un bleu indigo dégradé (la pointe est la plus foncée) et un anneau jaune à la base de chaque rhinophore marque le haut du fourreau. Chaque rhinophore comporte vingt-deux à trente lamelles obliques.
On le rencontrera, le plus souvent en déplacement, sur tous les substrats. Dérangé, le doris géant rétractera ses rhinophores et son panache branchial et se mettra en boule en contractant son pied musculeux.

Espèces ressemblantes

Il faut noter que la coloration de ce doris géant peut différer considérablement d’un animal à l’autre, d’une zone géographique à l’autre et entre les juvéniles et les adultes. Ainsi, plusieurs auteurs ont proposé la division de ce groupe en plusieurs sous-espèces* : cinq sous-espèces pour Ortea & coll., six sous-espèces pour Troncoso & coll. et sept décrites ici :

- Hypselodoris picta picta (Schultz, 1836) est le nom de la sous-espèce de H. picta qui est la seule présente sur nos côtes françaises métropolitaines. Son identification en plongée, par la grande taille de cette limace, ne pose pas de réel problème.

- Hypselodoris picta webbi (d'Orbigny, 1839) et H. picta picta, sont les seuls à avoir une large distribution, et il n'y a que H. picta webbi à être présent des deux côtés de l’Atlantique tropical (zone tempérée à chaude). Noir à bleu violet très foncé avec 3 lignes longitudinales discontinues jaune brillant souvent bien visibles, rhinophores bleu marine, panache branchial foncé avec lignes jaunes fines internes et externes sur chaque feuillet. Taille moyenne des observations autour de la péninsule ibérique : 5 à 10 cm. Espèce rare, présente uniquement à l’ouest de la Méditerranée, côtes ibériques atlantiques, Canaries (a longtemps été confondu avec Hypselodoris cantabrica jusqu’à la publication de Ph. BOUCHET et J. Ortea en 1980).

- Hypselodoris picta azorica Ortea, Valdes & Garcia-Gomez, 1996. Connu uniquement aux Açores, de couleur noire ou violet foncé avec des taches jaunes ou orange sur tout le corps, il possède des rhinophores violet translucide. La procédure d’enregistrement d’une nouvelle espèce n’a pas été respectée pour cette sous-espèce, il est donc difficile de considérer ce nom comme valide.

- Hypselodoris picta tema Edmunds, 1981. Afrique de l’Ouest: Ghana, Sénégal. Dominante bleu foncé, 3 lignes jaune orange plus ou moins discontinues sur le manteau, peu de taches jaune orange. Feuillets branchiaux bleus (a priori, au nombre de 11) marqués par une ligne orange interne et externe. Rhinophores uniformément bleus. (Voir la photo présentée pour illustrer une sous-espèce).

- Hypselodoris picta verdensis Ortea, Valdes & Garcia-Gomez, 1996, Afrique de l’Est : Iles du Cap Vert, Sao Tomé et sud Angola.

- Hypselodoris picta lajensis Troncoso, Garcia & Urgorri (1998), Atlantique sud-ouest : Brésil.

- Hypselodoris picta edenticulata (White, 1952) (nudibranche admirable de Floride) Distribution : Atlantique Ouest, Caraïbes (Floride, mais aussi Antilles françaises), dominante noire ou bleu violet très foncé, rhinophores et branchies de même couleur, 3 lignes jaunes et de nombreuses taches et petits cercles du même jaune vif sur tout le corps, environ 8 à 10 cm de long.

Alimentation

Les éponges du genre Ircinia cf. fasciculata sont broutées par ce chromodoris.
Tous les nudibranches, doridiens inclus, sont carnivores, leur système digestif et enzymatique est adapté à une alimentation animale, et non végétale.
Les gastéropodes râpent leurs aliments avec leur radula* (sorte de râpe constituée de rangées de dents calcaires).

Reproduction - Multiplication

Les mollusques se reproduisent uniquement par voie sexuée et sont ovipares* (pondent des œufs fécondés). Les nudibranches sont hermaphrodites*(mâle et femelle). Ils possèdent les organes reproducteurs du mâle et de la femelle, tous deux fonctionnels. Mais l’autofécondation n’a jamais été prouvée, ainsi l’accouplement est nécessaire pour l’échange de gamètes* et la fécondation*.
Un orifice génital est souvent bien visible sous le manteau, à l’avant droit de l’animal. Cette disposition latérale des orifices génitaux, explique la position tête-bêche adoptée par les doris lors de l’accouplement pour s’entre-féconder.
La larve ciliée est pélagique* (larve véligère*), elle donnera un adulte par métamorphose.

H. picta picta : les pontes forment d’étroites bandes gélatineuses (10 mm de large environ) à bordure festonnée, blanches ou jaunes et spiralées (pour H. picta picta en Méditerranée). La ponte est collée au substrat dur par un côté de la bande, l’ensemble fait un diamètre de 40/50 mm environ). La période de reproduction est l’été.

Divers biologie

Espèce relativement commune.
Moyen de défense : le doris géant possède des vésicules sous cutanées localisées dans les régions céphalique* (tête) et caudale* (postérieur) du manteau. Du point de vue histologique, ces vésicules sont constituées d’une accumulation de vacuoles surmontées d’une lame basale et entourées d’une capsule musculeuse. Ces vacuoles* présentent une forte concentration de longifoline, cette toxine, n’est quasiment retrouvée que dans ces vésicules sous cutanées chez H. picta (retrouvée également chez H. cantabrica au même endroit). Ils ont sans aucun doute, un rôle d’arme chimique contre les prédateurs, et protègent ainsi, les deux zones sensibles et vitales du doris géant : les rhinophores et le panache branchial. Ainsi, s’il est dérangé, le doris géant rétractera ses organes sensibles et se mettra en boule en contractant son pied musculeux.

Informations complémentaires

En Méditerranée, selon certains scientifiques, les variations de couleur de H. picta, seraient dues à une alimentation différente suivant les régions, et non pas à des sous-espèces.
La forme des dents de la radula, particulière à chaque espèce, est un critère majeur dans l’identification des espèces.

Origine des noms

Origine du nom français

La grande taille de ce doris est à l’origine de son appellation commune : le doris géant.

Origine du nom scientifique

Felimare : du latin [felis] = chat et [mare] = mer : chat de mer. L'origine de ce nom de genre, originellement créé par les malacologues brésiliens Eveline et Ernst Marcus en 1971, est une hypothèse. Le couple Marcus était habitué des dénominations "bizarres" et ne donnait jamais d'explications sur le sujet. On peut sans doute chercher cette origine dans la sympathie appuyée d'Eveline Marcus (1901-1990) pour les chats.

Hypselodoris : du grec [hypsêlo] = élevé, sublime et [Doris] = Océanide, fille d'Océan et de Téthys, épouse de Nérée et mère des cinquante néréides.

picta : du latin [pictus] = peint, coloré.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Doridina Doridiens Corps aplati. Anus dorsal entouré complètement ou partiellement par des branchies de remplacement ramifiées qui peuvent être rétractées (voire absentes). Mangeurs d’éponges, habituellement armés de spicules calcaires internes.
Famille Chromodorididae Chromodorididés Doridiens au corps mou allongé et étroit, à coloration vive. Dos en général lisse, bord du manteau développé à l’avant. Pied effilé à l’arrière, dépassant du manteau. Rhinophores lamellés, tentacules buccaux courts et coniques, branchies pennées.
Genre Felimare (Hypselodoris)
Espèce picta

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