Polychètes perforants

Dodecaceria spp. |

N° 4646

Océans Atlantique (y compris Manche et mer du Nord) et Pacifique, Méditerranée

Clé d'identification

Ver polychète installé dans une algue calcaire encroûtante, une coquille, une roche calcaire (ou schisteuse)
Trous ronds ou légèrement ovales, souvent en grand nombre
4 à 8 paires de tentacules rouges allongés, non ramifiés, sortant d'un trou
2 longs palpes canaliculés, souvent enroulés en spirale

Noms

Autres noms communs français

Ver du coralligène, annélide des corallinacées

Noms communs internationaux

Coralline fringed tubeworm (GB)

Distribution géographique

Océans Atlantique (y compris Manche et mer du Nord) et Pacifique, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest

On trouve ces vers le long des côtes de l'océan Atlantique Nord, de la Manche et de la mer du Nord, mais également de Méditerranée.

Biotope

En général, ces espèces forment des colonies denses, sur le fond, dans un substrat* calcaire plus ou moins tendre, dans les cuvettes de la zone de balancement des marées et en dessous, jusqu'à 60 m de profondeur.
Sur les côtes atlantiques, ces espèces sont présentes dans des coquilles d'huître, de coquille Saint-Jacques ou de cyprine, mortes ou vivantes. Elles ne sont pas rares dans les crampons de laminaires, et plus particulièrement s'il y a des Corallinacées, comme Lithothamnium et Phymatolithon.
Sur les côtes méditerranéennes, ces espèces vivent surtout dans le coralligène* (algues rouges calcaires encroûtantes).

Description

Ce ver polychète annélide n'est repérable que grâce à un panache de fins filaments rouges, brunâtres ou vert noirâtre sort du substrat* par un trou rond ou ovale. Ce panache est formé d'une paire de palpes* canaliculés, longs et spiralés (20 à 30 mm de long) et de 4 à 6 paires de filaments branchiaux allongés, non ramifiés.
L'animal est une annélide polychète ; c'est donc un ver annelé au corps cylindrique, de 45 à 80 anneaux qui correspondent à des métamères* (20 à 60 mm de long), aplati et plus large postérieurement. La partie antérieure, le prostomium*, porte deux sillons nucaux, probablement à rôle sensoriel. Les premiers segments ne portent pas de soies* mais le dernier de ceux-ci porte la paire de palpes et, juste dessous, sont fixés 4 à 5, voire 8, paires de longs filaments branchiaux, filiformes ou en forme de clou.
Toutes les espèces du genre Dodecaceria occupent une galerie aplatie latéralement en forme de flasque, droite ou légèrement sinueuse, avec une seule ouverture. La tête et l'anus sont dans cette ouverture.

Espèces ressemblantes

Nous ne retenons que les espèces des eaux européennes (selon Petersen 1999) du genre Dodecaceria, soit 6 espèces sur une vingtaine d'espèces reconnues dans le genre. Toutes ces espèces sont très proches et vivent dans le même biotope*. De plus, certains des autres genres sont également très proches de Dodecaceria.
Pour des plongeurs, l'identification de l'espèce pour les Dodecaceria est complexe, d'autant plus que certaines d'entre elles font l'objet de controverses et que la description de la première espèce D. concharum, par Örstedt en 1843, est incomplète.

  • D. ater (Quatrefages, 1866) :
    Synonyme : Heterocirrus ater Quatrefages, 1866
    Atlantique Nord
    Corps court et large ; ne supporte pas les baisses de salinité.
  • D. concharum Örstedt, 1843 :
    Synonymes : - Nereis sextentaculata Delle Chaije, 1828
    - Terebella ostreae Dalyell, 1853
    - Heterocirrus gravieri McIntosh, 1911
    - Dodecaceria caulleryi Dehorne, 1933
    - Zeppelina mediopigmentata Gillandt, 1979.
  • D. diceria Hartman, 1951 :
    Golfe du Mexique, mer des Caraïbes, Atlantique Nord-Est, mer du Nord
    De 100 à 200 m.
  • D. saxicola (Grube, 1855) :
    Synonyme : Heterocirrus saxicola Grube, 1855
    Atlantique Nord (European Register of Marine Species = ERMS), mais décrit pour la première fois en Méditerranée.
  • D. sextentaculata (Delle Chiaje, 1822-1826)
    Synonyme : Nereis sextentaculata Delle Chiaje, 1822-1826
    Espèce décrite à Naples (ERMS).
  • D. fimbriata (Verrill, 1880) : espèce douteuse qui doit être révisée
    Synonyme : Heterocirrus fimbriatus Verrill, 1880

    Golfe du Saint Laurent, Atlantique Nord.

D'après Worsfold 2009, si vous pouvez voir des fentes nucales, vous n'êtes pas en présence de D. concharum, chez qui les organes nucaux ne sont pas visibles.

Il existe d'autres vers perforants comme ceux du genre Polydora. On ne voit alors que les 2 palpes sortant du trou car les branchies ne sont pas visibles.

Alimentation

Le panache branchial et la paire de palpes canaliculés sont à l'extérieur du tube. Les palpes, de 25 à 30 mm de long, présentent un canal recouvert de mucus. En se tortillant, ils explorent de façon indépendante les alentours du trou. Les particules alimentaires adhèrent aux palpes grâce à ce mucus et sont conduites par des cils, le long du canal. Les plus grosses particules sont rejetées.
Comme l'animal est disposé en "U" dans son tube, l'anus est derrière la tête et les fèces s'accumulent du côté opposé à la bouche.
Ce sont des déposivores* non sélectifs.

Reproduction - Multiplication

Chez ces annélides, plusieurs modes de reproduction sont présents et varient selon les espèces, ce qui, pour les spécialistes, est un des caractères permettant l'identification de ces organismes.
Certaines espèces se reproduisent par parthénogenèse* (D. ater et D. saxicola) et quelques unes sont vivipares*. D'autres se reproduisent de façon asexuée, en se divisant : on parle alors de scissiparité* (D. concharum, D. diceria, D. sextentaculata et D. fimbriata).

Pour D. concharum, un mode de reproduction asexué, la "schizométamérie tétragemme" (ou tétragène) a été décrit par Dehorne, 1933 (sous le nom de D. caulleryi) : certains anneaux se renflent, puis s'égrènent ; chacun d'eux bourgeonne en deux individus, l'un en avant, l'autre en arrière, et cela deux fois de suite. De chaque métamère proviennent ainsi 4 vers complets (voir schémas Dehorne : photos 80 et 100).
Mais cette espèce peut aussi se reproduire sexuellement. Dans ce cas, des individus se transforment en individus épitoques* (c'est-à-dire normalement capables de nager en pleine eau), mais qui, contrairement à d’autres espèces, ne semblent pas être capables de nager (voir schéma Gibson : photo 90).

Vie associée

Dans le biotope des Dodecaceria, de très nombreux annélides polychètes peuvent être présentes, dont des espèces du genre Polydora. On ne voit alors que les deux palpes sortant du trou car les branchies ne sont pas visibles.
En Méditerranée, de nombreux annélides polychètes perforantes, dont les Dodecaceria, appartiennent au coralligène.

Des grégarines (organismes unicellulaires endoparasites*) sont souvent présentes comme, par exemple, Urospora longissima Caullery & Mesnil, 1898 et Selenidium echinatum Caullery & Mesnil, 1899.

Divers biologie

Les espèces du genre Dodecaceria peuvent vivre en colonie.

Le ver vit dans un tube inséré dans une galerie en ellipse, parallèle à la surface du substrat*. Le tube, replié en "U", est fabriqué par le ver, grâce à du mucus et sans doute de la vase. Il est légèrement sinueux, à section aplatie, avec une crête longitudinale.
Il s'installe dans des trous déjà existants (généralement ceux des Polydora) et ensuite, les agrandit. C'est un perceur secondaire. On ignore par quel moyen cet organisme agrandit le "terrier". De nombreuses hypothèses ont été proposées : forage par sécrétions acides ou enzymes ? La question n'est pas tranchée.
La paroi du tube est composée de très nombreuses fines lamelles de calcaire.

Ce ver fait partie des animaux destructeurs du coralligène.

Informations complémentaires

Des scientifiques pensent que la description par Örsted est inadéquate et insuffisante pour définir l'espèce. Il semble en effet qu'elle regrouperait deux vers différents, aujourd'hui redéfinis :
- Dehorne, en 1933, définit Dodecaceria caulleryi, appelé maintenant Dodecaceria fimbriata ;
- Gibson et Heppell, en 1995, définissent Dodecaceria concharum.

Origine des noms

Origine du nom français

"Polychète perforant" est une proposition du site DORIS en référence à son mode d'installation.
"Ver du coralligène", préalablement proposé, est trop restrictif géographiquement (Méditerranée).
Idem pour "annélides des Corallinacées" réduisant l'habitat aux algues calcaires.

Origine du nom scientifique

Dodecaceria : du grec [dodeca] = douze et [cera] = corne, antenne, en référence aux douze filaments que le ver porte à l'âge adulte ;
ater : du latin [ater] = noir, sombre ;
concharum : du latin [concha] = coquillage, donc au génitif pluriel : des coquillages, dans lesquels cette espèce peut creuser sa galerie ;
diceria : du grec [di] = deux et [cera] = corne, antenne, en référence aux deux palpes de l'espèce ;
fimbriata : du latin [fimbrata] = frangé, dentelé ;
saxicola : du latin [sax] = rocher et [colere] = qui habite, donc qui habite les rochers ;
sextentaculata : du latin [sex] = six et [tentaculata] = porteur de tentacules, donc qui porte 6 tentacules.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Annelida Annélides Vers segmentés (annelés) à section cylindrique, à symétrie bilatérale constitués d’anneaux identiques. Le premier segment porte la bouche et le dernier l’anus. Nombreuses formes marines, dulcicoles ou terrestres, libres ou parasites.
Classe Polychaeta Polychètes

Annélides marines. Chez les espèces non tubicoles, chaque anneau, hormis la tête et la queue, porte des excroissances locomotrices (les parapodes) munies de touffes de soies chitineuses rigides. Chez la plupart des espèces, la tête porte plusieurs organes sensoriels, des mâchoires, et souvent un panache branchial coloré. Animaux libres, galéricoles ou tubicoles.

Sous-classe Sedentaria - Canalipalpata Annélides polychètes sédentaires - Canalipalpata

Annélides polychètes sédentaires vivant dans des tubes ou des terriers semi-permanents, avec une paire de palpes creusés d'un sillon longitudinal cilié.

Ordre Terebellida Térébellides

Métamérie très altérée, présence de tentacules ciliés rétractiles dans la région antérieure servant à la capture des particules alimentaires. Nombreux palpes péristomiaux. Animaux essentiellement tubicoles.

Sous-ordre Cirratuliformia Cirratuliformes
Famille Cirratulidae Cirratulidés

Corps long et mince avec des parapodes peu développés munis de soies émergeant plus ou moins directement de la paroi du corps. Construisent des galeries dans les sédiments mous. Longues branchies filamenteuses rouges émergeant de la vase ou d'un creux de rocher.

Genre Dodecaceria
Espèce spp.

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