Corymorphe des sables

Corymorpha nutans | M. Sars, 1835

N° 2263

Atlantique Nord Est, Manche, Méditerranée

Clé d'identification

Polype solitaire de 6 à 12 cm
Blanc ou rose pâle avec des lignes longitudinales sur le pédoncule
Corps allongé formant souvent un coude près de la base
80 petits tentacules courts autour de la bouche et 40 tentacules longs dirigés vers le bas en dessous
Stade méduse de 6 mm en forme de mitre et avec un seul tentacule en forme de chapelet

Noms

Autres noms communs français

Corymorphe oscillant, tubulaire du sable.

Noms communs internationaux

Nodding hydroid (GB), Steenstrupia-Meduse (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Corymorpha nutans M. Sars, 1835
Steenstrupia rubra Forbes, 1848
Steenstrupia flaveola Forbes, 1848
Steenstrupia lineata Leuckart, 1856
Steenstrubia cranoides Haeckel, 1864
Steenstrupia galanthus Haeckel, 1879
Corymorpha appellöfi Bonnevie, 1901

Distribution géographique

Atlantique Nord Est, Manche, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

On trouve la corymorphe des sables dans l'Atlantique Nord européen et dans le nord de la Méditerranée. Elle se rencontre du cercle polaire (Islande et Féroé) au nord du Maroc, dans toute la Méditerranée et en mer Noire.

Biotope

La corymorphe des sables est une espèce avec une forme fixée (polype) qui se rencontre sur des fonds sédimentaires variés (vase, sable, gravier, sable coquillier grossier), et une forme libre (méduse) planctonique* côtière. Ces deux stades de développement se rencontrent habituellement dans l'étage infralittoral* et l'étage circalittoral* entre 0 m et 100 m de profondeur.

Description

Le nom "corymorphe des sables" se réfère à la forme fixée qui est un polype* de grande taille. Son pédoncule* (= hydrocaule*) est long de 5 à 12 cm, enfoncé dans le sable par son extrémité inférieure qui est amincie, puis renflé et courbé avant la base du polype ; il présente, sur toute sa longueur, des lignes longitudinales fines d'où se détachent des papilles et vers sa base, de petits filaments "racinaires" qui se régénèrent rapidement lorsqu'ils sont détruits. L'ensemble est recouvert par une mince pellicule transparente. La région buccale (= hypostome*) est conique et porte la bouche qui est entourée de 50-100 tentacules oraux courts. En dessous de cette zone, les tentacules aboraux, au nombre de 30 à 60 et de 30 mm de long, sont fins et typiquement dirigés vers le bas. A la base des grands tentacules se trouvent des structures assurant la "fabrication" des méduses : les gonozoïdes* (ou gonophores) ; ces derniers se développent en méduses libres. La couleur du polype est blanche ou rose pâle, avec des lignes fines longitudinales colorées sur le pédoncule ; la région buccale est rouge vif ; les gonophores sont rouge-orangé.

La méduse (autrefois nommée Steenstrupia nutans (M. Sars, 1835)), jusqu'à 4-5 mm de haut, ressemble à un petit chapeau de lutin ou à une mitre. Elle est environ deux fois plus haute que large. Sa partie supérieure, qui forme une pointe, contient un canal dit apical*. Sa partie inférieure est une ombrelle en forme de cloche à section carrée. Le bord de l'ombrelle est linéaire et son velum* est bien developpé. Il y a 4 canaux radiaires et un large canal circulaire. Un des quatre bulbes tentaculaires porte un long tentacule bien développé sur lequel les cellules urticantes (nématocystes*) sont groupés en une succession d'anneaux ; on qualifie ce tentacule de moniliforme (c'est-à-dire en forme de chapelet ou de collier de perles) ) ; les 3 bulbes tentaculaires restants portent des tentacules atrophiés. Le pédoncule gastrique est court. Au centre, le manubrium* est bien développé, cylindrique et mesurant environ les 2/3 de la longueur de la cavité sous-ombrellaire. La bouche est circulaire, sans lèvres, armée de nématocystes. Les gonades entourent complètement le manubrium, mais laissent libres la bouche et le pédoncule. La méduse a une hauteur maximale de 6 mm ; elle est largement transparente, avec des marques colorées ponctuelles : le tentacule marginal, les bulbes marginaux et l'estomac sont rose pâle moucheté de carmin, jaune brillant, ou brun-rouge. Il y a parfois des granules brunes vers l'apex* de l'estomac. Le sommet pointu de la méduse est souvent rose ; le dessous de l'ombrelle est parfois couvert de rose. Les canaux radiaires et circulaire sont pigmentés en jaune vif.

Espèces ressemblantes

La petite tubulaire Ectopleura larynx (Ellis & Solander, 1786) mesure 3 à 4 cm et possède 30 à 60 tentacules filiformes ; elle est de couleur pâle, et possède une "tige" grêle, sinueuse et ramifiée. Ses gonophores fixes (non-libérables en tant que méduses planctoniques) et de couleur rouge brique. Elle forme des colonies denses de plusieurs dizaines d'individus.

La grande tubulaire Tubularia indivisa Linnaeus, 1758 mesure jusqu'à 15 cm de long, avec un hydrocaule droit et non annelé, jaune, jamais ramifié. Elle forme également des colonies. Ses gonophores sont également fixes.

D'autres encore sont similaires: Ectopleura crocea (L. Agassiz, 1862), Ectopleura dumortierii (van Beneden, 1844), Hybocodon prolifer L. Agassiz, 1860.

Corymorpha nutans est la seule espèce du genre Corymorpha sur les côtes de France. Dans le grand nord européen le genre Corymorpha est présent avec C. forbesii (Mayer, 1894), C. nana Alder, 1857, C. sarsii Steenstrup, 1855 et C. groenlandica (Allman, 1876).

Son stade polype peut éventuellement être confondu avec une anémone de mer grêle. Dans la famille Corymorphidés (Corymorphidae), Euphysa aurata Forbes, 1848 est une espèce européenne assez voisine où le stade méduse mesure jusqu'à 4,5 mm de haut, a un sommet parfaitement hémisphérique, 3 tentacules rudimentaires et un tentacule long et moniliforme* ; cette méduse a des teintes jaunes et rouge-sombre. Le polype, par contre, est nettement plus petit que celui de C. nutans (ca. 4 mm), et est pourvu de seulement 3-8 tentacules oraux et de 6-14 tentacules aboraux.

Alimentation

L'espèce est planctonophage* et se nourrit principalement la nuit de copépodes pélagiques, de copépodes harpacticoïdes (minuscules crustacés vivant dans le sable), de chétognathes, d'œufs et de jeunes larves* de poissons.

Reproduction - Multiplication

La reproduction (fabrication des méduses) a lieu plutôt au printemps dans la partie méridionale de sa zone de distribution et plutôt en été dans sa partie septentrionale de distribution. La longévité de la phase fixée (polype) est de l'ordre de un an. La phase libre (méduse) se rencontre au printemps et vit moins de deux mois. La multiplication asexuée se fait par des fragments tubulaires qui après s'être détachés, se fixent et deviennent des polypes.

Vie associée

Le nudibranche Cumanotus beaumonti (Eliot, 1906) est un prédateur de cette espèce. Il y a peu d'informations sur d'éventuels parasites ou maladies.

Divers biologie

L'animal est solitaire mais, en général, on observe différents individus à proximité les uns des autres dans le même habitat favorable. Dans un endroit donné, les individus peuvent apparaître une année et disparaître ultérieurement pour des raisons non encore élucidées.

Origine des noms

Origine du nom français

La corymorphe des sables est une francisation du nom de genre associé à son biotope* habituel, le plus souvent sableux.

Origine du nom scientifique

Corymorpha : du grec [cory-] = massue, et du grec [morpha] = forme.

nutans : du latin [nutans] = penché, oscillant, balançant, chancelant, dodelinant, hochant... Donc "en forme de massue qui se balance". En effet, on peut observer en plongée la corymorphe des sables se balançant lentement de part et d'autre au gré des mouvements de l'eau.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Cnidaria Cnidaires

Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, principalement à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula.

Classe Hydrozoa Hydrozoaires Cnidaires dont le cycle de vie est alterné, mais de façon inconstante, par deux phases différentes : le polype et la méduse. Présence d’un velum dans la méduse (dite craspédote), gonades ectodermiques, perte des septes, perte des cnidocytes endodermiques. Coloniaux ou solitaires. Quelques espèces d’eau douce.
Sous-classe Hydroidolina Hydroïdes Hydrozoaires dont le cycle de vie présente toujours une phase polype.
Ordre Anthoathecata Anthoathécates

Hydraires dont la phase polype est dépourvue de thèques protectrices rigides. Phase polype presque exclusivement benthique, quelques espèces tropicales sécrétant un exosquelette calcaire (coraux de feu). Méduse avec ombrelle haute possédant des ocelles, les gonades se développent autour du manubrium.

Sous-ordre Capitata Capités

Tentacules des polypes le plus souvent capités (avec des nématocystes groupés en « boutons »), parfois seulement chez les juvéniles. Longs pédoncules fixés ou ancrés dans le sédiment. Anthoméduses. Quelques espèces sécrètent un squelette calcaire.

Famille Corymorphidae Corymorphidés
Genre Corymorpha
Espèce nutans

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