Cordylophore de la Caspienne

Cordylophora caspia | (Pallas, 1771)

N° 2652

Asie du Sud-Est, Europe, Etats-Unis, Amérique du Sud et Australie

Clé d'identification

Colonies de forme arbustive
Couleur généralement brunâtre
Taille des colonies de 2 à 10 cm
Branches fines (maximum 1 mm d'épaisseur)

Noms

Autres noms communs français

Hydraire d'eau douce

Noms communs internationaux

Freshwater hydroid (GB), Keulenpolyp Affenharr, Brackwasser-Keulenpolyp (D), Brakwaterpoliep (NL)

Synonymes du nom scientifique actuel

Tubularia cornea Aghardh, 1816
Cordylophora lacustris Allman, 1844
Cordylophora albicola Kirchenpauer in Busk, 1861
Cordylophora americana Leidy, 1870
Cordylophora whiteleggi von Lendenfeld, 1886
Bimeria baltica Stechow, 1927
Cordylophora otagoensis Fyfe, 1929

Distribution géographique

Asie du Sud-Est, Europe, Etats-Unis, Amérique du Sud et Australie

Zones DORIS : ● Eau douce d'Europe, ● Atlantique Nord-Ouest

Cette espèce est invasive et en pleine expansion. Les bateaux sont le principal vecteur de dispersion, suivis par la dérive passive et les animaux migrateurs.
Europe : originaire de la mer Caspienne, elle a utilisé des corridors migratoires (coques de bateaux) pour, via nos rivières, se retrouver en mer du Nord et en mer Baltique, et ensuite coloniser nos lacs. Mer Caspienne, mer Noire, pays côtiers de la mer du Nord, pays côtiers de la mer Baltique et tous les pays compris entre la mer Caspienne et les mers du Nord et Baltique (la Bulgarie, la Roumanie, la Pologne, l'Allemagne, la France, la Belgique, la Hollande, mais aussi la Russie).
Etats-Unis : Californie, Floride, la région des grands lacs, le long des côtes de l'état de Washington et certaines rivières.
Canada : le lac Érié.
Amérique du Sud.
Australie.
Asie du Sud-Est.

Biotope

C. caspia se développe aussi bien dans les eaux douces que dans les eaux franchement saumâtres. On la retrouve généralement dans des zones à courant calme, à nul. Elle affectionne particulièrement les eaux avec de fortes concentrations planctoniques. Son développement maximal se fait à des températures comprises entre 10 °C et 26 °C et entre 0 m et 3 m.

Description

C. caspia est un animal benthique. On le retrouve fixé sur différents types de supports rigides, tels des pierres, des branches, des moules zébrées, …
C'est un Hydrozoaire colonial. La colonie, d'une taille de 2 à 10 cm, a une forme d'arbrisseau (arborescente), chaque individu croissant à partir d'un système de tubes ramifiés ou hydrorhize, ancrant la colonie au substrat (système dit stolonaire - voir stolon* au glossaire).
Les tissus vivants (cœnosarc) du système stolonaire forment une enveloppe externe transparente et dure, appelée périsarc. Le périsarc protège également les tiges, ainsi que les branches de la colonie, mais ne recouvre pas les polypes. Il aide donc à maintenir la colonie en position dressée. C'est ce film qui donne la couleur brunâtre observée.
Les individus se spécialisent soit dans la fonction de nutrition (hydranthe*), soit dans la fonction de reproduction (gonophore*). La colonie est donc constituée de deux types d'individus, mais seuls les hydranthes ressemblent à une hydre de par leur structure.
L'hydranthe se présente sous la forme d'un polype* muni de 12 à 16 tentacules entourant la bouche.
Le gonophore est dépourvu de tentacule (donc il ne ressemble pas à une hydre) et a la forme d'un sac contenant les gamètes.

Espèces ressemblantes

Sans un examen attentif, on peut confondre C. caspia avec Fredericella sultana qui est un bryozoaire d'eau douce arbustif.

Alimentation

La colonie se nourrit principalement du plancton présent dans l'eau et plus spécifiquement du zooplancton. Elle le capture grâce à ses individus spécialisés dans la fonction de nutrition, à savoir les hydranthes*.

Reproduction - Multiplication

La colonie est produite au début par bourgeonnement soit d'un individu issu d'une reproduction sexuée soit d'un individu transporté. Le bourgeon grandit en formant de longues tiges portant les individus.

Reproduction sexuée
Elle a lieu en automne. Elle se fait au départ des individus spécialisés dans la fonction de reproduction, à savoir les gonophores*. Ils libèrent une forme larvaire (larve planula*) libre et apte à nager pour ensuite se fixer sur un support dur.
Reproduction asexuée
Le restant de l'année, la reproduction est assurée de manière asexuée. Un fragment de colonie peut en effet régénérer une colonie complète. C. caspia se caractérise dès lors par un fort pouvoir de régénération.
Ce second type de reproduction lui offre une possibilité quasi illimitée de pouvoir atteindre de nouveaux territoires et de les coloniser.
Podocysts (voir infra)
C. caspia dispose en outre d'un état de résistance sous forme de « petits œufs » lui permettant de survivre à des températures trop froides ou trop chaudes.

Remarques :
- il n'existe pas chez C. caspia de stade méduse
- la colonie disparaît en hiver.

(*) Podocyst est un terme anglais qui, à notre connaissance, n'a pas d'équivalent en français.

Vie associée

On retrouve souvent C. caspia en association avec la moule zébrée utilisée comme support.

Divers biologie

Cette espèce est décrite comme euryhaline* originaire de milieux saumâtres ! Elle nécessite une concentration minimum en sels dissous tels les chlorures, les sels de calcium, de sodium et de potassium indispensables à sa croissance.

A titre d'exemple, la salinité de la Moselle était suffisante pour lui permettre de suivre ce couloir migratoire.

Informations complémentaires

Les activités nautiques sont mises en cause dans la dispersion de cet animal. Certains lacs déconnectés de tout cours d'eau ont été colonisés par cette voie. Par exemple, aux lacs de l'Eau d'Heure en Belgique où le club nautique a introduit cette espèce sans s'en rendre compte.
Il semble qu'un simple nettoyage des coques de bateau au jet d'eau suffirait à lutter efficacement contre la dispersion de cette espèce. Des peintures anti-fooling sont également de bons dispositifs de lutte.
Au Etats-Unis, la colonisation de certains lacs trouve son origine dans les rejets de sociétés spécialisées dans l'aquariophilie.

Une autre origine de la dispersion dans des lacs fermés (barrage) est peut-être les oiseaux migrateurs. Cependant, cette thèse est assez controversée compte tenu du caractère universel et millénaire des migrations. La prolifération est, en effet, nouvelle et trois grandes routes de dissémination ont été décrites par le Vlaams Instituut Voor de Zee.

La première apparition en Suède a été décrite en 1810. Mais c'est au XXeme siècle que C.caspia fait vraiment son apparition sur les côtes et les estuaires des pays du nord de l'Europe.
Elle a été signalé dans l'estuaire de la Loire dès 1901.
Premier signalement en Belgique à Nieuport en 1905. Depuis, ses colonies se sont répandues dans tout le pays.
En Moselle allemande, C. caspia est observée à Triteniem en 1957, puis en 1973 à Grevenmacher.

Origine des noms

Origine du nom français

Cordylophore de la Caspienne est un nom attribué par DORIS (traduction du nom scientifique).

Origine du nom scientifique

Cordylophora = du grec [kordyl-] = bosse, tumeur (ou alors têtard) et du grec [-phor-] = qui porte en avant, qui pousse.
caspia : endroit ou l'animal a été décrit pour la première fois, à savoir la mer Caspienne qui est également son lieu d'origine.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 117428

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Cnidaria Cnidaires

Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, principalement à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula.

Classe Hydrozoa Hydrozoaires Cnidaires dont le cycle de vie est alterné, mais de façon inconstante, par deux phases différentes : le polype et la méduse. Présence d’un velum dans la méduse (dite craspédote), gonades ectodermiques, perte des septes, perte des cnidocytes endodermiques. Coloniaux ou solitaires. Quelques espèces d’eau douce.
Sous-classe Hydroidolina Hydroïdes Hydrozoaires dont le cycle de vie présente toujours une phase polype.
Ordre Anthoathecata Anthoathécates

Hydraires dont la phase polype est dépourvue de thèques protectrices rigides. Phase polype presque exclusivement benthique, quelques espèces tropicales sécrétant un exosquelette calcaire (coraux de feu). Méduse avec ombrelle haute possédant des ocelles, les gonades se développent autour du manubrium.

Sous-ordre Filifera Filifères Hydroïdes coloniaux, tentacules des polypes filiformes, anthoméduses, quelques espèces sécrètant un squelette calcaire (Hydrocoralliaires).
Famille Oceanidae Océanidés
Genre Cordylophora
Espèce caspia

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