Cône géographe

Conus geographus | Linnaeus, 1758

N° 3787

Indo-Pacifique et Pacifique central

Clé d'identification

Coquille ovalo-cylindrique, asymétrique
Spire peu élevée
Dernier tour très développé
Ouverture évasée à sa base
Couleur blanc crème, avec des bandes ou des taches orange ou brun rougeâtre
Ouverture bleu-blanc ou rose

Noms

Autres noms communs français

Cône géographique

Noms communs internationaux

Geography cone, geographer cone, geographic cone snail (GB), Landkartenkegel, Geographenkegel, Landkartenkegelschnecke (D), Cono geographico (I)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Gastridium geographus, Linnaeus 1758

Distribution géographique

Indo-Pacifique et Pacifique central

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Cette espèce est présente à Madagascar, aux Maldives, en Indonésie, aux Philippines, à Guam (îles Marianne), en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, aux îles Pitcairn.

Biotope

Le cône géographe fréquente les récifs peu profonds, les fonds caillouteux ou sablonneux, les grottes et les lagons. On le rencontre dans la zone intertidale* et jusqu'à 20 m de profondeur.

Description

La coquille du cône géographe est mince et légère et peut mesurer jusqu'à 15 cm. Sa couleur est blanc crème avec des bandes ou des taches orange ou brun rougeâtre. L'épaulement* (arête peu saillante et plate à la périphérie) est crénelé.
L'ouverture, de couleur bleu-blanc ou rose, est ample au niveau antérieur et rétrécie au niveau postérieur.
Le pied* musculeux est blanchâtre orné de stries brunes.

Espèces ressemblantes

On peut confondre le cône géographe avec d'autres cônes fréquentant également l'Indo-Pacifique.
Conus tulipa
Linnaeus, 1758, est plus petit, sa taille ne dépassant pas 10 cm, l'épaulement est moins anguleux et non crénelé.
Conus textile Linnaeus, 1758, est généralement plus petit. Sa coquille est jaune orangé et couverte d'un réseau de petits triangles blancs.

Alimentation

Les cônes sont des prédateurs carnivores au régime alimentaire assez étroit : environ 16 % de leur régime alimentaire est composé de mollusques, 65 % de vers, en particulier des annélides polychètes, et 18 % de poissons. Leurs comportements alimentaires, leurs dents radulaires et leurs venins sont adaptés à leurs proies. Toutefois certains peuvent consommer d'autres types de proies et même être nécrophages*.

Comme tous les cônes, le cône géographe possède une trompe ou proboscis* située à l'intérieur d'une sorte d'entonnoir musculeux extensible, le rhynchodaeum* (voir le shéma).

L'animal localise sa proie, un poisson, grâce aux chimiorécepteurs très sensibles du siphon dans lequel l'eau environnante circule. Il développe l'entonnoir musculeux extensible aussi largement que possible ainsi que son proboscis muni à son extrémité d'une dent radulaire en forme de harpon (de 10 mm de long) contenant un venin très puissant, composé de nombreuses substances neurotoxiques*. Le proboscis s'allonge considérablement afin d'entrer en contact avec la proie. Il enfonce alors la dent qui reste plantée dans la proie. Le venin agit rapidement et la proie est immobilisée, paralysée. Comme cette dent est toujours maintenue par le proboscis, grâce à des muscles circulaires (ou sphincters), le cône peut ramener la proie vers le l'entonnoir musculeux extensible. Celui-ci enveloppe la proie qui sera digérée par des enzymes puissantes sécrétées par le cône, en deux ou trois heures. Les arêtes, écailles et structures indigestes seront rejetées. Le cône peut capturer ainsi un groupe de petits poissons ou un poisson presque aussi gros que lui.

Reproduction - Multiplication

La reproduction est sexuée. Les sexes sont séparés et la fécondation est interne. ll est très difficile de distinguer mâles et femelles.
Des capsules ovigères* (environ une quarantaine par ponte) remplies d'œufs sont déposées en deux ou trois jours par la femelle, sous les pierres ou sous les coraux. De teinte blanchâtre ou rosâtre, elles sont fines, aplaties, mesurent 2 cm environ, et sont regroupées à leur base. L'éclosion des œufs donne naissance à des larves* planctoniques* qui se métamorphosent en quelques jours et se posent ensuite sur le fond.

Divers biologie

L'appareil venimeux du cône est composé de quatre organes principaux : la glande musculaire, le conduit à venin, le sac radulaire et le complexe pharynx-proboscis.

  • La glande musculaire ou glande de Leiblin se contracte pour expulser le venin.
  • Le conduit à venin sécrète le liquide venimeux. Le venin y est synthétisé et stocké puis débouche au niveau du pharynx.
  • Le sac radulaire renferme les dents radulaires d'environ 10 mm de long, constituées d'un tube de chitine rigide dans lequel le venin peut s'écouler. Elles sont prêtes à l'utilisation. Les dents radulaires des cônes piscivores* sont sans dentelures sur la tige, et la base présente une protubérance (qui permet peut-être d'être mieux maintenue par le sphincter du proboscis).
  • Le proboscis est capable de s'invaginer pour prélever et fixer une dent à son extrémité puis de se dilater jusqu'à atteindre la proie située à plusieurs centimètres du cône.

Informations complémentaires

Le venin de Conus geographus contient des protéines, les conotoxines. Chez cette espèce, les chercheurs ont identifié au moins cinq conotoxines différentes qui agissent sur les canaux ioniques ou sur certains récepteurs qui interviennent dans la transmission du message nerveux et dans la contraction musculaire. Certaines de ces conotoxines ont une action neurotoxique puissante, d'un grand intérêt pour les neurobiologistes. Les applications thérapeutiques des conotoxines sont prometteuses pour la fabrication d'analgésiques ou d'anticonvulsivants par exemple (Favreau, Le Gall, Molgo, 1999).

Le cône peut aussi utiliser son venin à des fins défensives.

Depuis longtemps les spécialistes avaient remarqué que les futures proies, proches du cône, semblaient anesthésiées à distance. On sait maintenant (depuis 2015) que le cône géographe peut diffuser une insuline rapide qui provoque un choc hypoglycémique et donc un ralentissement brutal de l'activité de la proie. Cette insuline, qui n'a aucune action sur le mollusque, est plus simple que l'insuline des vertébrés (et donc de la nôtre) et a une action beaucoup plus rapide. Ceci ouvre la voie à la synthèse d'insulines thérapeuthiques à action ultrarapide pour le traitement de certains diabètes.

Conus tulipa procède de la même façon.

Envenimation par Conus geographus : Lorsqu'un plongeur ou un pêcheur ramasse un coquillage vivant, l'animal de rétracte dans sa coquille. Il tente ensuite de se défendre en déployant sa trompe, qui peut s'allonger considérablement, et son harpon venimeux. Il peut ainsi attaquer le plongeur qui le tient à la main ou qui l'a enfoui dans son maillot de bain. La fléchette empoisonnée peut traverser les vêtements légers.

Symptômes : La douleur est très vive avec un gonflement important. Une paralysie locale survient dans les minutes qui suivent. Cette paralysie peut atteindre, dans l'heure qui suit, les muscles respiratoires et conduire à la mort. Une seule piqûre suffit à tuer un homme. Des études ont montré que les piqûres de cône géographe sur les humains avaient été mortelles dans 70 % des cas (H. Terlau & B.M. Oliveira, 2004).

Conduite à tenir en cas de piqûre : il n'existe pas d'antivenin contre les piqûres de cônes. Le blessé doit être acheminé en service de réanimation. Le traitement symptomatique consiste à nettoyer la blessure, essayer d'extraire la dent venimeuse, immobiliser la partie atteinte, rassurer le patient et ne pas faire de garrot.

Le meilleur moyen de prévention est de ne pas toucher ni ramasser les animaux du récif corallien.

Origine des noms

Origine du nom français

Le nom français est la traduction du nom scientifique. Pour l'anecdote, on peut mentionner les écrits de Pierre Dénys de Montfort, naturaliste français, parus en 1810. Il proposait de créer le genre Rollus (mot latin signifiant rouleau), le rouleau géographe constituant le type de ce nouveau genre. Sa proposition n'a pas abouti.

Origine du nom scientifique

Conus : du latin [conus]= cône, allusion à la forme de la coquille. Nom de genre créé par Linné en 1758.

geographus : du grec ancien geographia, [hê gê] la terre et [graphein] décrire. La géographie est la science qui a pour objet la description totale ou partielle du globe. Les dessins de la coquille du cône rappellent une carte de géographie. Nom d'espèce donné également par Linné en 1758.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Caenogastropoda Caenogastropodes
Ordre Neogastropoda Néogastéropodes Coquille avec canal siphonal bien développé. Un repli du manteau forme un tube extensible : le siphon. La plupart sont des prédateurs ou nécrophages. Tous marins sauf le genre Clea.
Famille Conidae Conidés

Coquille de taille moyenne à grande voire très grande, normalement 20-50mm jusqu'à 170 mm de haut, conique ou biconique avec une ouverture étroite et un canal siphonal court. Sculpture spirale habituellement développée, sculpture axiale absente ou sous la forme de tubercules sur l'épaulement. Sinus anal peu profond à modéré sous la suture. Opercule présent, petit à nucléus terminal. Bouchet & al.2011.

Genre Conus
Espèce geographus

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