Goémon frisé

Chondrus crispus | Stackhouse

N° 2302

Atlantique Nord, Manche, mer du Nord

Clé d'identification

Taille de 10 à 15 cm
Touffe polymorphe rouge, jaune ou verte
Ramifications dichotomes régulières
Largeur des extrémités des frondes inégales
Cartilagineuse au toucher

Noms

Autres noms communs français

Mousse d'Irlande, mousse perlée, mousse des rochers, petit goémon, lichen, lichen irlandais, lichen carragahen, carraghen, varech polymorphe.
Pioka, liken ou jargot en Bretagne nord, Bejin Gwenn (algue blanche) en Bretagne sud.

Noms communs internationaux

Carragheen ou carrageen, Irish moss (GB), Knorpeltang, Perltang, Irländisches Moos, Carrageen (D), Musgo de irlanda, musgo perlado (E), Iers mos (NL), Musgo de Irlanda (P)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Chondrus norvegicus (Gunnerus) Lyngbye, 1819
Chondrus platynus (C.Agardh) Ruprecht, 1850
Chondrus variolosus Ruprecht, 1850
Fucus crispus var. aequalis Goodenough & Woodward, 1797
Fucus crispus var. brunneus Goodenough & Woodward, 1797
Fucus crispus var. planus Turner, 1802
Fucus crispus var. sarniensis Turner, 1802
Fucus crispus var. virens Goodenough & Woodward, 1797
Fucus filiformis Hudson, 1762
Fucus norvegicus Gunnerus, 1772
Fucus patens Goodenough & Woodward, 1797
Halymenia platynus C.Agardh, 1822
Iridophycus heterocarpus (Postels & Ruprecht) Setchell & N.L.Gardner, 1937
Mazzaella heterocarpa (Postels & Ruprecht) Fredericq, 1993
Polymorpha crispa Stackhouse, 1809
Sphaerococcus crispus f. aequalis (Turner) C.Agardh, 1817
Sphaerococcus crispus var. ciliatus Suhr, 1834

Il existe de nombreuses variantes de Chondrus crispus, dont l'énumération n'est pas reprise ici. Pour en savoir plus, cliquez sur le lien algaeBASE

Distribution géographique

Atlantique Nord, Manche, mer du Nord

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest

La zone de distribution du goémon frisé est assez large : de l'Atlantique Nord-Est et Nord-Ouest jusqu'au Portugal, en Manche, en mer du Nord, rare en mer Baltique. On note sa présence àTerre-Neuve et dans les provinces maritimes canadiennes atlantiques. Cette algue est très fréquente et bien connue en Bretagne car elle est cultivée pour les industries alimentaires.

Biotope

On rencontre le goémon frisé sur le médiolittoral* à partir de la mi-marée, dans des zones aussi bien calmes et abritées que battues : dans les cuvettes ou bien accroché sur les rochers, mais aussi dans des estuaires, en eau euryhaline (eaux saumâtres).
Cette algue cohabite souvent avec le fucus vésiculeux Fucus vesiculosus, dont la ceinture marque une grande partie du milieu du médiolittoral. On la rencontre aussi plus bas sur l'estran* dont la dernière ceinture d'algues est moins marquée et variable d'un site à l'autre, mais souvent plus riche en algues rouges. Enfin, on l'observe jusque dans l'infra-littoral*, à faible profondeur.
Elle peut former des populations importantes sur les rochers dans certaines localités.

Description

Bien que très polymorphe, le goémon frisé ressemble le plus souvent à une touffe dressée, en éventail, souvent rouge violacé foncé, arbustive. Cette touffe fait penser à une petite salade frisée. Sa couleur peut être aussi jaunâtre ou verdâtre, lorsqu'elle s'assèche lors de l'émersion sur l'estran, jusqu'à parfois blanchir. À la période de reproduction, dans l'eau, on aperçoit des taches irisées bleues (voir chapitre reproduction). Ces iridescences sont le signe d'un bon état général.
Elle mesure environ de 10 à 15 cm de haut. Elle se ramifie de façon dichotomique* régulièrement jusqu'à cinq fois. Les ramifications sont de largeur inégale. Elle n'a pas de nervure médiane.
L'axe principal du thalle* est cylindrique, non ramifié et relativement épais à sa base ; il peut prendre une forme rubanée plus ou moins large. Il est fixé au substrat par un minuscule disque basal. Sa fronde* est très découpée, voire fourchue, frisée ou crépue (d'où le nom latin crispus), cartilagineuse et un peu résistante au toucher.

Indice de fiabilité des photos : l'identification de cette algue pourtant très répandue n'est vraiment pas chose évidente à cause de son polymorphisme. Des avis contradictoires ont été donnés sur les photos. C'est pourquoi vous trouverez un indice de fiabilité de l'identification. Un indice de 5/5 signifie qu'il y a une très forte probabilité pour que ce soit bien Chondrus crispus.

Espèces ressemblantes

Mastocarpus stellatus (Stackhouse) Guiry : aspect plus rugueux et stipe plus petit et enroulé sur toute sa longueur. Les extrémités de la fronde sont très larges et triangulaires. Taille de 10 à 20 cm, souvent mélangé au goémon frisé (ce qui ne facilite pas la tâche!) sur les rochers et sous les fucus et les himanthales. Gigartina stellata (Stackhouse) est l'ancien nom de Mastocarpus stellatus.

Alimentation

Le goémon frisé est un organisme pluricellulaire autotrophe* photosynthétique*. L'algue tire son énergie de la lumière solaire, et grâce à l'absorption d'eau, de dioxyde de carbone et des nutriments dissous dans l'eau (azote, phosphore), elle fabrique la matière organique nécessaire à son développement.

Reproduction - Multiplication

Le cycle de reproduction présente deux phases successives qui s'alternent. Chaque phase comporte une génération caractérisée par un type d'organisme bien spécifique :
- la phase sexuée : de mars à août. Cette phase est assurée par les gamétophytes* mâles et femelles, bien distincts. Les gamétophytes libèrent leurs gamètes* qui, en s'unissant, donnent des œufs (c'est la fécondation). Les œufs, qu'on appelle aussi zygotes*, engendrent des tétrasporophytes* (thalles portant des petits sacs remplis de 4 spores). Les gamétocystes femelles peuvent s'observer sans loupe aux extrémités du thalle : ce sont les cystocarpes*, petites vésicules formant une saillie (bosse) d'un côté du thalle pour former un trou de l'autre côté.
- la phase asexuée : les tétrasporophytes fertiles produisent des spores qui engendrent à leur tour des gamétophytes. Les tétrasporocystes s'observent aussi aux extrémités du thalle : ils forment de chaque côté du thalle une saillie (bosse), comme une tache foncée, rouge verdâtre.
Les gamétophytes et les tétrasporophytes sont identiques à l'état stérile. Lorsqu'ils sont fertiles, seuls les gamétophytes sont iridescents dans l'eau. Cette observation est très facile à faire sur le terrain.
Le disque est pérenne*. La fronde qui se développe dessus a une durée de vie de deux à trois ans. A la mort de celle-ci, une nouvelle fronde naîtra.

Vie associée

Le goémon frisé partage sa zone de répartition avec les fucus, ascophylles et himanthales. Alors que ces grandes algues occupent la face supérieure de la roche, les algues rouges, plus petites, en occupent plutôt la face inférieure ou sous-strate. Son thalle est parfois colonisé par des bryozoaires encroûtants ainsi que par des vers annélides tubicoles du genre spirorbe.

Informations complémentaires

Le mucilage* est cette substance gélifiante qui est utilisée pour les préparations industrielles alimentaires, notamment pour des produits laitiers. Depuis 1960, on en extrait des carraghénanes (2 types sont gélifiants et 1 type est épaississant), qui sont des phycocolloïdes (colloïde = substance de microparticules de carraghénanes dispersées dans un liquide). Son appellation se retrouve sur les étiquettes de nos produits achetés sous la forme de "E407". Ils servent à épaissir les crèmes dessert.
Toutes sortes d'algues sont récoltées depuis le Moyen-âge. En Côtes d'Armor, c'est de l'île Grande à la presqu'île de Lézardrieux jusqu'aux aux Sept-îles, qu'elle est récoltée artisanalement. Au Canada, elle est principalement récoltée à l'île du Prince Edouard pour l'extraction de la carregine.
Depuis l'encéphalopathie spongiforme bovine (maladie de la vache folle) en 1996, les industries agroalimentaires ont changé leurs substances gélatineuses animales (moelle de bœuf) contre des substances végétales.
Cette algue voisine de l'agar-agar (Gelidium E406) est récoltée à la main de juin à septembre, séchée, pressée, stockée et utilisée depuis la fin du XIXe siècle.
N'oublions pas que nous trouvons des algues dans de nombreuses préparations : nous mangeons jusqu'à 5 produits à base d'algues par jour sans forcément le savoir !
Pour les industries cosmétiques, elles se retrouvent dans la composition de crèmes de soins. En pharmacologie, le pioka entre dans celle de pastilles pectorales, en tant que muco-protecteur digestif pour les bronchites chroniques.

Réglementation

Sa récolte est réglementée en Bretagne de mai à octobre et sa coupe se fait toujours à la main. De petites cultures se font en bassin, mais elle n'est pas compétitive pour l'industrie des colloïdes (voir explication chapitre Informations complémentaires).

Origine des noms

Origine du nom français

L'origine du mot goémon n'est pas connue. Le nom "carragheen" vient de carragin (ou carregine) qui veut dire petit rocher en irlandais ; c'est aussi le nom d'un village près de Waterford dans le sud de l'Irlande. Il s'agit en fait de la recette d'un pudding dans lequel on faisait bouillir l'algue dans du lait.

Origine du nom scientifique

Chondrus : du latin [chondr] = cartilage.
crispus : du latin [crisp] = crépu, frisé.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Rhodobionta / Rhodophyta Rhodobiontes Algues rouges, pour la plupart marines.
Sous-embranchement Eurhodophytina
Classe Florideophyceae Floridéophycées

Thalle élaboré formé de fins filaments branchés ou en lames.

Sous-classe Rhodymeniophycidae Rhodyméniophycidées
Ordre Gigartinales Gigartinales Intérieur du thalle presque toujours filamenteux, uni ou pluriaxial, souvent avec des incrustations calcaires. Organes fructificateurs en coussinets sur le thalle.
Famille Gigartinaceae Gigartinacées
Genre Chondrus
Espèce crispus

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