Cérébratule bordée

Cerebratulus marginatus | Renier, 1804

N° 1141

Atlantique Nord, Méditerranée, Pacifique Nord

Clé d'identification

Ver rubané atteignant 1 m de longueur pour 2,5 cm de large
Coloration jaunâtre, grisâtre ou brunâtre
Marge blanche le long du corps
Tête en forme de flèche

Noms

Autres noms communs français

Némerte noir

Noms communs internationaux

Flat ribbon worm (GB), Nemertino marginato (I), Ribbon-Würmer (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Meckelia somatotomus Leuckart, 1828
Polia siphunculus Delle Chiaje, 1828
Serpentaria fragilis Goodsir, 1845
Meckelia serpentaria Diesing, 1850
Cerebratulus fragilis
Dalyell, 1853
Gordius fragilis Dalyell, 1853
Lineus beattiaei
(Gray, 1857)
Meckelia beattiaei (Gray, 1857)
Serpentaria beattiei
(Gray, 1857)
Cerebratulus angulatus McIntosh, 1873-74
Avenardia alileuti Giard, 1878
Cerebratulus angulosus
Haddon, 1886
Avenardia priei
Borlasia alileuti

Cerebratulus grandis
Cerebratulus spraguei
Gordius fragilis
Nemertes somatotomus
Ophyocephalus bilineata
Ophyocephalus bilineatus

Distribution géographique

Atlantique Nord, Méditerranée, Pacifique Nord

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

La cérébratule bordée est une espèce nordique que l'on rencontre depuis l'océan Arctique jusqu'à Madère à l'est et au Massachusetts (Etats-Unis) à l'ouest dans l'Atlantique Nord, et jusqu'en Californie et au Japon dans le Pacifique Nord. Elle est également présente en Méditerranée.

Biotope

Cette espèce se rencontre sur les fonds sableux ou vaseux, où elle reste enfouie la journée, de 5 à 150 m de profondeur. Elle est cependant plus fréquente dans les fonds vaseux au-delà de 20 m ou dans les estuaires. On peut également parfois la trouver sous les pierres.
Même si elle vit dans le sédiment, elle ne construit pas de tube ou de terrier.

Description

Cerebratulus marginatus est un ver en forme de ruban, aplati dorso-ventralement, pouvant atteindre 1 m de longueur pour 2,5 cm de large. Il est de couleur grisâtre à jaunâtre, parfois brun foncé, avec une marge blanche. La face supérieure est légèrement bombée et ridée, parfois légèrement plus foncée que la face inférieure, celle en contact avec le substrat*. Cette face inférieure est rayée et parcourue d'une rigole médiane. Les jeunes individus sont légèrement translucides.

La tête est plate en forme de flèche et de même largeur que le corps. Les yeux sont minuscules mais présents. Si on peut observer l’animal de très près, on peut voir que les marges latérales de la tête sont profondément fendues de chaque côté par un sillon céphalique latéral chimiosensoriel cilié*.

Sous la tête, en avant, on peut distinguer une petite fente longitudinale médiane ou circulaire, c’est l’orifice de la trompe (ou proboscis*) qui, au repos, est invaginée. Plus en arrière, à peu près au niveau de l'extrémité postérieure des sillons céphaliques latéraux, on trouve une fente longitudinale médiane plus grande qui correspond à la bouche.

Chez les jeunes spécimens vivants, le cerveau est coloré en rouge (rose) par la neuroglobine. Le cerveau est situé immédiatement devant la bouche.

A l’extrémité postérieure on peut observer un appendice caudal (ou cirre* caudal) transparent, court et mince. Cet appendice est très souvent perdu, notamment chez les adultes.

Espèces ressemblantes

Il existe de nombreuses espèces de Cerebratulus extrêmement voisines et de distinction difficile au moyen de caractères externes.

Cerebratulus californiensis Coe, 1905 : a une de taille et une couleur semblables à C. marginatus mais s'en distingue par une tête plus étroite que son corps. Pacifique Nord.

Cerebratulus alleni Wijnhoff, 1912 : est une espèce peu décrite, avec une tête gonflée avec une extrémité blanche et un corps rose. Sable à marée basse. Plymouth (GB).

Cerebratulus fuscus (McIntosh, 1874) : atteint jusqu’à 150 mm de longueur pour 2 à 5 mm de large. Il est jaunâtre, rosâtre ou brun-grisâtre ; le corps se rétrécit antérieurement avec une tête effilée, avec 4 à 13 yeux sur chaque côté. Le cirrus caudal est issu d'une extrémité postérieure large et presque carrée. Elle s'autotomise* facilement postérieurement et nage facilement. La base de la tête montre des ganglions cérébraux rougeâtres par transparence. Sable ou gravier coquillier de la basse mer à 50 m ou plus. Alaska, Floride, Groenland, Bretagne, Méditerranée, Afrique du Sud.

Cerebratulus pantherinus Hubrecht, 1879 : d'une longueur de 4 à 7 cm ou plus, il est marqué antérodorsalement par un motif marbré de brun, vert, jaune et blanc. Sur du sable à 50 m ou plus. Plymouth, Roscoff, Naples.

Cerebratulus roseus (Delle Chiaje, 1841) : mesure jusqu’à 500 mm de long et 5-6 mm de large. Le cirre caudal peut atteindre 2 cm de long. Il est rose dans la région de l'intestin antérieur, sinon jaunâtre, avec des marges latérales incolores. Cette espèce n'est pas bien décrite et vit dans des terriers dans du calcaire et dans le sable, des basses mers jusqu’à 30 m. Plymouth, Méditerranée.

Oxypolia beaumontiana Punnett, 1901 : mesure jusqu’à 120 mm de longueur et 5 mm de large. Il a une tête plate et pointue, délimitée par un sillon transversal en avant de la bouche. Le corps est blanc antérieurement, teinté de brun ou de rouge postérieurement. Intertidal* et jusqu’à 50 m sur des roches bien couvertes d'invertébrés coloniaux (bryozoaires, hydraires, éponges). Plymouth.

Alimentation

C'est un prédateur actif qui se nourrit en dévaginant brusquement sa trompe (proboscis*) collante pour engloutir des vers annélides ou des mollusques bivalves. Son proboscis est dépourvu d'épine, ce qui caractérise la classe des Anopla.

Reproduction - Multiplication

C'est une espèce gonochorique*, les sexes sont séparés, et la reproduction sexuée a lieu en été. La fécondation est externe. La larve* est planctonique*, appelée pilidium. C’est à l’intérieur de cette larve que se différenciera par une métamorphose* complexe une petite némerte.
Les œufs fécondés sont dispersés dans la colonne d'eau.

La cérébratule peut aussi se reproduire de façon asexuée, par fragmentation et chaque fragment pourra régénérer un ver complet, à la condition qu’il contienne une partie du rhynchocoelome, cavité située au-dessus du tube digestif et qui se prolonge jusqu’au voisinage de l’anus.

Vie associée

On rencontre la cérébratule bordée plutôt dans les communautés à Amphiura filiformis (O.F. Müller, 1776) qui sont caractéristiques de certains sables envasés.

Elle a été trouvée dans l’estomac d’une morue Gadus morhua Linnaeus, 1758.

Comme les Némertes sécrètent des toxines puissantes, elles ont peu de prédateurs.

Divers biologie

Quand il est dérangé, et malgré sa taille, Cerebratulus marginatus peut s'élancer dans la colonne d'eau jusqu'à percer la surface. C'est alors un bon nageur, qui se déplace en ondulant son corps et qui tourne alors souvent autour de son propre axe longitudinal.
Ce ver peut atteindre 1 m de long mais il est capable de se contracter et réduire sa longueur de moitié. S'il est manipulé, il peut se fragmenter en morceaux.
Sur le fond il rampe grâce à des ondes musculaires et s’enfouit par des mouvements péristaltiques*.
La surface du corps est ciliée et son épiderme sécrète une neurotoxine défensive.

La neuroglobine qui colore le cerveau et les nerfs en rouge est une hémoglobine non circulante qui stocke l'oxygène destiné au cerveau.

Informations complémentaires

Cerebratulus marginatus a été capturé par des lignes de pêche utilisant de la chair de moules comme appât.

Cette espèce a fait et fait toujours l’objet de recherches en cytologie (divisions cellulaires, fécondation) et en biochimie (composition en stérols et autres molécules).

Des molécules produisant de l’hydrogène sulfuré jouent un rôle dans la transmission des informations chimosensorielles.

Les larves pilidium ont fait l’objet de recherches embryologiques.

N'ayant pas d’appareil respiratoire, les échanges gazeux se font à travers la paroi du corps.

Pour ces organismes parfois très longs, certains ont écrit que si l’on connaît l’anatomie des deux premiers centimètres, on connaît presque toute la structure du ver.

Origine des noms

Origine du nom français

Cérébratule bordée est la francisation du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Cerebratulus : du latin [cerebrum] = tête, cerveau et du suffixe latin [tulus] qui est un diminutif. Donc "petit cerveau". Chez les jeunes individus, on peut voir le "cerveau" coloré en rose par transparence. Genre et espèce créés en 1804 par Stefano Andrea Renier (1759-1830) zoologiste italien pour un exemplaire venant de Naples.

marginatus
: du latin [marginatus] = bordé, entouré d'une bordure, margé.

Pilidium : du grec [pilidion]= petit bonnet. La forme de la larve évoque la forme d’un petit bonnet de feutre avec protège-oreilles.

Pour les espèces ressemblantes :

alleni : probablement dédié au directeur du laboratoire de Plymouth : Allen E.J. (1866-1942) par Wijnhoff en 1912.

fuscus : du latin [fuscus] = brun, sombre.

pantherinus : du latin [pantherinus] = qui ressemble à la peau de panthère, tacheté.

roseus : du latin [roseus] = de rose, rosé.

Oxypolia : nom de genre créé par Punnett en 1901 à partir du grec [oxy-] = pointu, piquant , acide et du suffixe grec [poli] = gris, blanc. Est retrouvé dans d’autres genres comme Eupolia, Parapolia et Zigeupolia.

beaumontiana : Punnett en 1901 a dédié cette espèce à M. Beaumont, ce dernier lui a donné deux exemplaires avec des notes prises sur le vivant.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Nemertea Némertes Vers marins benthiques (quelques espèces pélagiques, terrestres et dulçaquicoles) rubanés, non segmentés, longs, aplatis dorsoventralement, et recouverts de cils. Ces vers sont d'actifs prédateurs, qui capturent leurs proies à l'aide d'une trompe exsertile.
Classe Anopla Bouche s'ouvrant en arrière du cerveau, trompe en tube simple sans stylet s'ouvrant par son propre orifice.
Ordre Heteronemerta Hétéronémertes
Famille Lineidae Linéidés
Genre Cerebratulus
Espèce marginatus

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