Caulerpe cylindracée

Caulerpa cylindracea | Sonder

N° 728

Méditerranée, Atlantique proche, océan Indien (sud-ouest de l’Australie), Pacifique Ouest

Clé d'identification

Fronde de 19 cm maximum (plus fréquemment 3-6 cm) sur un stolon accroché au substrat à l'aide de rhizoïdes fins et courts
Axe cylindrique portant des ramules espacés en forme de massues disposées de façon distique ou radiale
Ramules orientés vers le haut, de 7 mm de longueur et 3 mm de diamètre maximum

Noms

Autres noms communs français

Racémosa, raisin de mer, caulerpe raisin, caulerpe à billes

Noms communs internationaux

Grape caulerpa (GB), Caulerpa a grappoli (I), Kriechsprossalge (D), Groen druifjeswier (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Ahnfeldtia cylindracea (Sonder) Trevisan 1849
Caulerpa complanata J.Agardh 1873
Caulerpa cylindracea var. macra Harvey 1858
Caulerpa racemosa f. complanata (J. Agardh) Weber-van Bosse 1898
Caulerpa racemosa var. [laetevirens] f. cylindracea (Sonder) Weber-van Bosse 1898
Caulerpa racemosa var. cylindracea (Sonder) Verlaque, Huisman & Boudouresque 2003
Chauvinia cylindracea (Sonder) Kützing 1849

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique proche, océan Indien (sud-ouest de l’Australie), Pacifique Ouest

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique

Caulerpa cylindracea a été décrite de la région de Perth (sud-ouest de l'Australie). Sa présence est attestée en Australie, Indonésie et Nouvelle-Calédonie.
Introduite en Méditerranée vers la fin du XXe siècle (première observation en Libye en 1990), elle a envahi tout le bassin méditerranéen ainsi que les îles de l'Atlantique proche (Canaries).

Biotope

En Méditerranée, Caulerpa cylindracea peut se rencontrer de la surface (elle peut même pousser dans le médiolittoral* lorsque le ressac est important) jusqu'à 70 m de profondeur (profondeur optimale : 15-30 m), sur tous types de substrats*, à l'exception des fonds meubles sableux instables (fonds à ripple-marks*).

Description

Cette espèce de caulerpe présente des variations de forme selon son lieu géographique. Ici nous décrivons la forme vue en Méditerranée.
La fronde*, de couleur verte, est élancée et fixée au substrat par de fins rhizoïdes* répartis sur le stolon*. Les rhizoïdes mesurent de 1 à 10 mm de longueur et de 0,3 à 0,8 mm de diamètre. Le diamètre du stolon varie de 0,7 à 2 mm. Il porte des axes dressés cylindriques, de 2 à 19 cm de hauteur (11 cm en moyenne), couverts de ramules* latéraux courts, simples et orientés vers le haut.
La base des axes est légèrement gonflée juste au-dessus du stolon.
La largeur totale de la fronde varie de 3 à 10 mm. Les ramules, jusqu'à 7 mm de longueur et 3 mm de diamètre, varient de sphériques plus ou moins comprimés latéralement à cylindriques en forme de massue. Ils se disposent sur deux rangs opposés (disposition distique*) lorsque l'éclairement est réduit (biotopes* ombragés et en profondeur) ou de façon radiale, tout autour de l'axe, lorsque l'éclairement est important (près de la surface) ; le même axe peut présenter ces 2 dispositions.

Espèces ressemblantes

Les caulerpes « raisins de mer» sont représentées par différentes espèces, variétés et formes largement distribuées dans les eaux tropicales à tempérées. Plusieurs d'entre elles se rencontrent dans les zones qui intéressent DORIS, cependant des investigations scientifiques sont en cours afin de préciser leur statut taxonomique.

En Méditerranée, 3 représentants de ce groupe de caulerpes ont été signalés : l'espèce envahissante qui fait l'objet de cette fiche, et 2 autres, présentes en Méditerranée orientale depuis plus longtemps :

Caulerpa chemnitzia (Esper) J.V. Lamouroux (signalée sous le nom de C. racemosa var. turbinata-uvifera) qui est une espèce considérée comme pantropicale. Sujette à d'importantes variations de formes, elle a de nombreux synonymes dans la littérature scientifique. Sa présence est attestée aux Antilles et en Nouvelle-Calédonie. De nouvelles investigations scientifiques seront nécessaires pour attester sa présence dans les autres territoires français d'outre-mer. Elle se caractérise par des grands piliers rhizoidaux et des ramules serrés, sphériques à aplatis apicalement.

La troisième caulerpe est attribuée jusqu'à présent à Caulerpa racemosa [var. lamourouxii] f. requienii (Montagne) Weber-van Bosse, un taxon originaire de mer Rouge, présent aussi en Indonésie. Elle se caractérise par l'absence de ramules sur les axes.

Alimentation

Les algues sont autotrophes*, c'est-à-dire qu'elles fabriquent leurs molécules organiques par photosynthèse*, à partir de dioxyde de carbone, de sels minéraux et d'eau. La photosynthèse, processus de transformation de l'énergie lumineuse en énergie chimique, n'est possible, comme pour toutes les algues vertes, que dans une situation d'éclairement.

Reproduction - Multiplication

Cette algue a plusieurs modes de multiplication :
Multiplication végétative : par fragmentation et bouturage ou par dissémination de ramules transformés en propagules qui peuvent se détacher facilement de l'axe et régénérer un thalle* complet.

Reproduction sexuée : l'espèce est monoïque*, le même thalle porte des gamètes* mâles et femelles distincts. Elle est aussi holocarpique*, c'est-à-dire que la totalité du cytoplasme des cellules forme des gamètes qui sont libérés simultanément, entraînant la mort de l'individu souche dans les heures qui suivent. L'émission des gamètes est précédée par l'apparition de petites papilles et la transformation du cytoplasme en un réseau vert clair à marron orangé. Le nuage vert de gamètes est émis peu de temps avant l'aube pendant l'été.

Vie associée

En Méditerranée, cette algue est consommée par plusieurs poissons herbivores : la bogue (Boops boops), le pageot acarné (Pagellus acarne) et la saupe (Sarpa salpa), ainsi que le poisson-lapin à queue tronquée (Siganus luridus).
Elle est aussi consommée par l'oursin comestible (Paracentrotus lividus) et l'oursin granuleux (Sphaerechinus granularis), ainsi que par les mollusques Aplysia sp., Ascobulla fragilis, Bittium latreillei, Elysia tomentosa, Lobiger serradifalci et Oxynoe olivacea.

Divers biologie

Les Caulerpes, produisent des métabolites secondaires toxiques (sesquiterpènes) de défense qui ont des activités anti-microbiennes (rôle dans la cicatrisation) et limitent l'épiphytisme et le broutage bien que certains prédateurs puissent la consommer (voir paragraphe vie associée).
Caulerpa cylindracea peut régresser en hiver à faible profondeur dans les zones battues.

Informations complémentaires

La distinction entre les 3 variétés présentes en Méditerranée et l'identification de la souche originaire du sud-ouest de l'Australie ont été confirmées par analyse génétique. La dissémination en Méditerranée de cette algue venant d'une zone géographique bien localisée et lointaine pousse à envisager l'hypothèse d'un accident d'aquariophilie ou d'une introduction volontaire. Les conditions abiotiques* (température, luminosité, salinité) entre la localité d'origine et la Méditerranée occidentale sont très voisines et peuvent expliquer le succès foudroyant de la dissémination de cette espèce depuis les années 90s. Seules l'algue à crochets Asparagopsis armata et l'algue filamenteuse rouge Womersleyella setacea ont eu une progression comparable lors de leur introduction en Méditerranée.

En raison de son impact sur les habitats et les sédiments, Caulerpa cylindracea est considérée comme un modificateur d'habitat, c'est une espèce ingénieur* d'écosystème puisqu'elle génère un nouvel habitat : la prairie de Caulerpes.

En Corse, le réseau caulerpes vise à cartographier les espèces envahissantes (C. cylindracea et C. taxifolia) et de proposer les solutions adaptées à leur éradication ou limitation de propagation. Néanmoins, seule C. taxifolia est concernée par les actions, car on ne sait pas encore combattre C. cylindracea.

Plusieurs espèces de caulerpes "raisins de mer" sont cultivées et consommées en Asie, on les trouve sur les marchés locaux, mais un des « raisins de mer » les plus consommés appartient en fait à une autre espèce de Caulerpe : Caulerpa lentillifera J. Agardh 1837.

PS : cette fiche a été mise à jour début 2014 à l'occasion d'une révision scientifique du complexe Caulerpa racemosa-peltata qui a renommé plusieurs espèces dont l'espèce envahissante en Méditerranée. Cette fiche est encore susceptible d'être mise à jour si de nouvelles informations pertinentes pour le plongeur sont disponibles.

Réglementation

Aussi étrange que cela puisse paraître, cette espèce n'est pas réglementée (2012).

Origine des noms

Origine du nom français

Cylindracéa est la reprise du nom actuel de cette algue, comme racémosa était la reprise directe du nom précédent de cette espèce. Raisin de mer se réfère à l'aspect des ramules verts et sphériques, rappelant des raisins verts.

Origine du nom scientifique

Caulerpa : du latin [caulis] = tige et du grec [erpo] = ramper, soit qui possède une tige rampante (stolon),

racemosa : du latin [racemosus] = qui est en forme de racème c'est-à-dire de grappe,

cylindracea : du latin [cylindrus] = cylindre, gros rouleau. Le nom d'espèce cylindracea se réfère aux rondeurs des différentes parties de cette algue.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chlorophyta Chlorophytes

Embranchement très vaste et hétérogène de plus de 7000 espèces d'algues vertes. Unicellulaires (flagellées ou non), coloniales, filamenteuses, thalles* siphonés* ou non. Benthiques* et fixées ou planctoniques*. Subaériennes, eaux douces, saumâtres et marines.

Classe Ulvophyceae Ulvophycées

Organismes multicellulaires. Zoïdes et spores possèdent généralement 2 et 4 flagelles respectivement. Cycle de reproduction variable. Habitat essentiellement marin et benthique.

Ordre Bryopsidales Bryopsidales Thalles* siphonnés*. Cycles de reproduction diphasiques*, haplodiplontiques*, algues monogénétiques majoritairement haplontiques (n chromosomes, le genre Codium serait une exception) ou digénétiques*. Majoritairement marines (un genre d'eau douce).
Famille Caulerpaceae Caulerpacées Algues dotées de stolons rampants parsemés de phylloïdes (feuilles) de formes diverses.
Genre Caulerpa
Espèce cylindracea

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