Grand requin blanc

Carcharodon carcharias | Linnaeus, 1758

N° 1649

Toutes les eaux marines tempérées et subtropicales du globe ; incursions possibles en zones tropicales et subpolaires

Clé d'identification

Corps fusiforme, massif antérieurement avec grand museau conique (profil inférieur bombé)
Grandes dents, plates, triangulaires, crénelées
Dos gris à brun-gris, presque noir au dessus de la ligne latérale, blanc au dessous
Œil avec large iris, noir foncé d'apparence, sans membrane nictitante* (capable de recouvrir l'œil)
Première dorsale de grande taille, haute et triangulaire avec bord postérieur libre
Nageoire pectorale falciforme*, avec tache au point d'insertion et extrémité ventrale noire
Nageoire caudale en forme de croissant de lune
La taille peut dépasser 6 m

Noms

Autres noms communs français

Grand blanc, lamie, carcharodonte

Noms communs internationaux

Great white shark, white shark, white death, white pointer (GB), Carcarodonte, grande squalo bianco (I), Gran tiburon blanco, jaqueton blanco (SP), Lamia, Merviel fras, Menschenhai, Weisshai (D), Tiburao branco, tubarao come-homens (P), Velika bijela psina (Croate), Kelb abjad, gab doll (Maltais), Skylopsaro sbrillios (Grec), Karkarias (Turc), Kalb bahr (Tunisien), Hvithai (Norv.), Seldevaja akula (Russe), Hohojirozame (Jap.), Witdoodshaai (Afrikaans), Niuhi (Hawaïen)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Squalus carcharias Linnaeus, 1758
Carcharias lamia Rafinesque, 1810
Carcharias carcharias Cuvier, 1816
Carcharodon carcharias Springer, 1973

Distribution géographique

Toutes les eaux marines tempérées et subtropicales du globe ; incursions possibles en zones tropicales et subpolaires

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique, Caraïbes, Atlantique Nord-Ouest

Carcharodon carcharias est particulièrement présent en Australie, en Afrique du Sud, en Californie et dans les Caraïbes. Très cosmopolite, ce requin se rencontre également en d'autres points du Pacifique : Nouvelle-Calédonie (voir photos d'une observation récente, en septembre 2007, près de Nouméa), Nouvelle-Zélande, Philippines, Japon... Le grand blanc a également pu faire l'objet d'une observation en Alaska (Cordova) et la littérature rend compte de plusieurs échouages sur les côtes canadiennes : îles Charlotte (prises accessoires de pêche commerciale ?).

Dans les eaux atlantiques de ce pays, on note sa présence sur la partie nord orientale du plateau de Terre-Neuve, les bancs de Saint-Pierre, le chenal Laurentien... Une prise est recensée, en 1983, au large de l'île du Prince-Edouard. Le Groupe d'Etude sur les Elasmobranches et le Requin du Groenland constate l'absence d'observation par des plongeurs.

Le grand blanc est signalé en Atlantique Nord oriental : dans le golfe de Gascogne, sur le secteur de La Rochelle (île d'Aix, mai 1977), sur les côtes de Vendée, aux Glénan. En revanche, on manque de certitude pour les îles Britanniques (dernier témoignage enregistré, en 2008 : observation par un sous-marin, au large des côtes écossaises d'Aberdeen).

Présent en Méditerranée, il affectionne le détroit de Sicile jusqu'à l'approche du littoral tunisien. Sur les côtes françaises, le golfe du Lion constitue la zone d'observation la plus fréquente (surtout de Sète à Marseille ; peut-être aussi à proximité d'Argelès-sur-Mer et de Saint-Cyprien ?). En Corse, on a pu le remarquer au large du golfe de Valinco (Propriano) ou de Bonifacio...

Il n'en demeure pas moins vrai que ce requin ubiquiste* (cosmopolite) est considéré comme rare à l'échelle mondiale.

Biotope

Carcharodon carcharias peut se rencontrer immédiatement sous la surface mais fréquente ordinairement les eaux par plus de trente mètres de profondeur. Un spécimen a pu faire l'objet d'une capture à 1 280 m, ce qui demeure exceptionnel semble-t-il, au vu des suivis effectués par capteurs de localisation.

Rien ne paraît rebuter le grand requin blanc mais il se tient généralement hors des eaux saumâtres et des eaux douces (à la différence du requin bouledogue, Carcharhinus leucas) ; ceci ne l'empêche pas de fréquenter aussi les estuaires et les baies peu profondes, les plages sableuses ou les fonds rocheux, les eaux côtières comme les eaux du large.

Description

Le corps fusiforme du grand requin blanc, massif antérieurement, présente une coloration gris variable selon les individus et les latitudes, allant du brun-gris au noir-bleuté pour la partie située au dessus de la ligne latérale, blanchâtre au dessous.
Sa taille adulte peut dépasser les 6m.
Il possède un museau conique bombé en partie inférieure.

Les dents sont plates, triangulaires et dentelées ; on en dénombre de quarante-quatre à cinquante-deux car sa dentition s'enrichit avec l'âge. Leur taille peut atteindre 6 cm de hauteur (auxquels il convient d'ajouter 1,5 cm, non visible). La formule dentaire la plus fréquente est 13 - 13 /11 - 11 mais peut connaître des variations. Son œil se distingue par un large iris noir foncé d'apparence (bleu azuré profond, selon témoignage) sans membrane nictitante* (membrane capable de recouvrir l'œil). En cas d'attaque, l'œil se révulse pour se protéger.

Chez Carcharodon carcharias, on dénombre cinq longues fentes branchiales (2/3 de la largeur du corps), qui n'entourent toutefois pas la tête ; elles trouvent leur utilité dans l'importante nécessité d'une oxygénation permanente, commune à beaucoup de requins. Ces fentes précédent de longues et puissantes nageoires pectorales, falciformes* (en forme de faucille) possédant une tache sombre (le plus souvent noire) au point d'insertion et noire au revers sur leur extrémité.

La première dorsale, de grande taille, possède un bord antérieur convexe et un bord postérieur légèrement concave. Elle est de grande taille, haute et triangulaire, avec bord postérieur libre (non rattaché au corps et donc mobile). La seconde dorsale se situe très en retrait mais prend place avant la nageoire anale ; on observe également une forte carène sur le pédoncule caudal. La forme en croissant de lune de la nageoire caudale est une caractéristique.

Espèces ressemblantes

Si le Genre Carcharodon ne possède aujourd'hui qu'un unique représentant, le grand requin blanc, la confusion demeure possible avec les autres Lamnidae, également distribués en Atlantique et Méditerranée : Lamna nasus, le requin taupe commun et Isurus oxyrinchus, le requin taupe bleu (également connu sous le nom de mako) :

- Lamna nasus (requin taupe commun, ou maraîche), qui possède des dents plus courbes et plus tranchantes (non dentelées), se distingue également du grand blanc par un corps plus massif et un museau plus court. De couleur blanche, le lobe postérieur de sa nageoire dorsale se remarque par ailleurs par sa forme nettement plus arrondie.

- Isurus oxyrinchus (requin mako, ou taupe bleu) possède de fines dents aux bords tranchants, en forme d'alène, allongées et incurvées vers l'intérieur de la gueule. Elles sont indéniablement adaptées à son mode de chasse puisqu'il s'empare de ses proies à la course. C'est un poisson hauturier* (de haute mer) au corps beaucoup plus élancé, au museau étroit et pointu. Son dos et ses flancs arborent un patron gris avec des nuances indigo.

- Isurus paucus (requin petit taupe), se distingue par un corps fortement fuselé avec un museau asseez court et de longues pectorales ; il possède également deux carènes caudales.

Alimentation

Si les jeunes se nourrissent principalement de poissons (jusqu'à ce qu'ils atteignent une taille voisine de 3 m), il ressort de l'analyse de contenus stomacaux que les adultes ont une alimentation plus variée : thonidés et autres grands poissons téléostéens (comme l'espadon), salmonidés (tel Oncorhyncus nerka), élasmobranches (raies, requins) mammifères marins (cétacés, pinnipèdes) et, plus occasionnellement, des tortues, des oiseaux de mer, des crabes ou des serpents. Ils ne dédaignent pas non plus un régime nécrophage* (carcasses de cétacés). On peut dénombrer jusqu'à une douzaine d'individus près d'une source importante de nourriture (une colonie de manchots, par exemple).

Le régime du Carchardon carcharias, prédateur supérieur, s'adapte en toutes circonstances aux proies rencontrées selon les latitudes. On estime qu'un grand blanc adulte se nourrit par intermittences, avec intervalles d'abstinence de l'ordre de quarante-cinq à quatre-vingt-dix jours.

Reproduction - Multiplication

Un seul cas de parade nuptiale et d'accouplement a fait l'objet d'un compte-rendu pour Carcharodon carcharias

La maturité sexuelle du grand requin blanc paraît acquise en zone Atlantique vers 8 ou 10 ans chez les mâles (avec une taille de 3 à 4 m, sachant qu'une variation demeure possible selon les secteurs géographiques) et entre 12 et 18 ans pour les femelles (de 4 à 5 m). L'espérance de vie est estimée entre 23 (c'est aussi la durée d'une génération) et 60 ans. Son cycle de reproduction demeure assez mal connu ; sans doute est-il réparti sur trois années (entre la gestation, la mise bas et la préparation de l'organisme). Les scientifiques estiment que les femelles ont un faible nombre de portées, se situant entre quatre et six. De ce fait, même avec une fécondité moyenne de sept jeunes nés vivants (soit deux à dix requineaux), on conçoit aisément que l'espèce ne soit nullement abondante. Ceci représente en effet un effectif total de quarante-cinq naissances pour une femelle, sans compter que les petits devront encore subir les dures lois de la sélection naturelle...

Carcharodon carcharias, dont la fécondité s'accroît avec la taille, est un vivipare* aplacentaire* (tous les embryons effectuent leur développement dans les voies génitales de leur mère en recevant des substances nutritives compensant l'absence de placenta maternel) et les embryons se nourrissent par oophagie* (absorption d'œufs non fécondés et non pas cannibalisme intra-utérin). La longueur connue des nouveaux-nés s'échelonne entre 1,09 m et 1,29 m.

Les accouplements se produisent probablement au printemps ou en été. Si la durée précise de la gestation demeure inconnue, elle est néanmoins estimée entre douze et quatorze mois (extrapolation à partir de Isurus oxyrinchus).

Dans les eaux tempérées, la parturition* se déroule vraisemblablement au printemps ou en été. Le canal de Sicile, marquant la jonction entre le bassin oriental et le bassin occidental de la Méditerranée, est un secteur géographique particulièrement important pour le grand blanc : les femelles semblent mettre bas dans cette zone fortement productive sur le plan biologique. L'accroissement de la pollution et des nuisances sonores dans cet espace maritime fait craindre des répercussions très négatives sur le devenir de l'espèce.

Vie associée

Si on ne connaît aucun cas d'association caractérisée, en dehors de poissons du genre Remora (Echeneis sp.), les scientifiques attestent néanmoins la présence parasitaire de copépodes (certifiée pour Anthosoma crassum, Dinemoura latifolia et Pandarus sinuatus), de plathelminthes (comme Tetrarhynchus megacephalus) et l'on peut supposer l'existence de vers blancs (à l'exemple du nématode Anisakis simplex, infestant l'ensemble de la chaîne alimentaire, allant de petits crustacés -mysidés- aux pinnipèdes, aux salmonidés ou aux clupéidés).

Divers biologie

Après reconstitution numérique en laboratoire, les scientifiques estiment théoriquement qu'une morsure de grand requin blanc génère une pression évaluée au plus à 1,8 tonne par centimètre carré -contre 80 kg pour un Homme et 560 kg pour un lion- (Wroe S. et al., 2008).

Comme les autres Lamnidés, Carcharodon carcharias maintient une température corporelle de dix degrés supérieure à celle du milieu ambiant. Actif et puissant, ce requin est capable d'une nage relativement lente et économe, à l'instar des thons. Par télémétrie, il a été possible de lui certifier une vitesse de 3,2 nœuds sur 190 km, en l'espace de 60 h. Il se révèle aussi capable de vives accélérations et de bonds hors de l'eau lors de périodes de chasse.

La double rétine de son œil lui procure une vision supérieure à celle de l'Homme, avec perception possible des couleurs. Ses facultés d'audition, bien adaptées au milieu, lui permettent d'entendre les sons émis par une proie potentielle à une distance d'un kilomètre.

Marques acoustiques et satellites permettent des suivis réguliers. Même si certains sujets fréquentent un site identique plusieurs années de suite, on ne peut pour autant parler de territorialité. Les plus âgés, et par conséquent les plus grands, effectuent parfois de longs déplacements. En 2005, une femelle pourvue d'une balise a effectué un périple de quelques 10 000 km, pour un aller-retour du Cap (Afrique du Sud) aux côtes méridionales d'Australie. Il ne paraît pas y avoir de corrélation entre un tel itinéraire et la migration éventuelle d'une espèce-cible. A l'inverse pourtant, en Californie la fréquentation de sites particuliers apparaît directement liée à la reproduction des lions de mer.

On estime ce requin capable de détecter une goutte de sang dans un volume de 4 600 000 litres d'eau. Pour autant, l'Homme ne relève pas de ses habitudes alimentaires. La présence de restes humains dans l'estomac d'un grand blanc ne signifie pas qu'il s'agisse automatiquement d'une attaque car l'on ne peut savoir si les victimes n'étaient pas mortes antérieurement, dans d'autres circonstances (tel un naufrage). Les ampoules de Lorenzini* (récepteurs des champs électriques), jouent également un rôle essentiel dans la détection des proies (intensité électrique émise). Il est également capable de détecter des variations de température et de salinité.

En Afrique du Sud, François Sarano (ancien de la Calypso et président de "Longitude 181"), a assisté à l'attaque d'un grand blanc par un manchot du Cap (Spheniscus dermersus) qui le poursuivait de ses coups de becs. Des otaries ont également chargé un grand requin blanc, alors qu'il patrouillait près d'une colonie.

Le grand blanc semble assez solitaire mais il évolue parfois en couple. En l'absence de toute comparaison génétique, les scientifiques ignorent si les populations de l'Atlantique et du Pacifique différent en fonction de leur bassin océanique d'origine. Les rares observations bien définies ne permettent pas non plus de connaître la répartition géographique des individus en fonction du sexe (absence de ségrégation sexuelle). L'existence d'un comportement social n'est pas à exclure.

Un cas d'albinisme aurait été observé au long des côtes d'Afrique du Sud : le sujet décrit était totalement blanc avec des yeux rouges.

Bien qu'il relève d'une lignée commune, le grand blanc n'est pas considéré comme descendant direct du Carcharodon megalodon. Le requin mako (Isurus oxyrinchus) en est bien plus proche.

On relève un cas unique d'attaque d'un Carcharodon carcharias par un épaulard (Orcinus orca), signalé au large de la Californie.

Il est difficile de connaître la taille du plus grand spécimen : la plupart des captures ou des observations ne donnent que des dimensions estimées et notoirement difficiles à valider. Sur ce point, il convient donc d'aborder la littérature avec circonspection. On note un spécimen de 5,20 m au sud du Nouveau Brunswick. Un spécimen de 5,89 m, attrapé à Sète le 13 octobre 1956, passe pour être l'un des plus grands jamais mesuré avec précision. On possède toujours aujourd'hui ce modèle, naturalisé et conservé au Musée Cantonal de Zoologie de Lausanne (Suisse). Un second sujet, une femelle, a été ramenée dans le même port le 9 janvier 1991 ; sa longueur est estimée à 5,91 m.

On a longtemps débattu de la taille maximale ; il a été démontré qu'elle atteint au moins 6,68 m (de Maddalena & Révelart 2008). Celle d'une femelle capturée autour de l'île de Malte en 1987 a été estimée entre 6,68 et 6,81 m ; une autre, prise en Australie à la même époque aurait été estimée à 6,90 m.

La longue durée de vie des individus les plus chanceux favorise malencontreusement la forte concentration en produits toxiques : PCB, pesticides et hydrocarbures chlorés, mercure... La santé, et notamment la reproduction, s'en trouve fort vraisemblablement affectée, avec effets néfastes pour la vitalité des spermatozoïdes et même blocage de la gamétogenèse*.

Carcharodon carcharias ne supporte pas la captivité et les tentatives de maintien en aquarium (Monterey bay, en Californie) se sont systématiquement soldées par un échec.

Chassé pour la crainte qu'il inspire mais également à des fins de trophées ou de pratiques mercantiles, le grand requin blanc se trouve aujourd'hui en danger de disparition. En l'espace de quinze ans, on estime la diminution de ses effectifs à 80 %. En Méditerranée, où ses effectifs semblent malheureusement avoir été dramatiquement réduits en raison de la pêche, de l'intensité du trafic maritime et de la pollution, ces disparitions atteignent des proportions inquiétantes. De lourdes conséquences sont à redouter quant au maintien de l'espèce dans cette zone.

Observations récentes in situ (littoral français) :
- La Provence (dimanche 7 octobre 2001) évoque le face à face qui s'est produit le 6 octobre, près de Marseille, entre un individu et une palanquée évoluant à 50 m de profondeur (à proximité de l'épave du Miquelon). Selon le témoignage, la longueur de l'animal - observé jusqu'en surface - est estimée entre 6,30 m et 6,80 m.

- Le 20 juin 2002, un contributeur actif de DORIS : Christian Gelpi, plus habitué à rencontrer flabellines ou hippocampes, croise près de Nice, à la Causinière (Cap Ferrat), un spécimen d'environ 4 m de longueur.

- Apnéa Magazine n° 198 (mai 2008) évoque la brève rencontre d'un grand blanc de même taille par un chasseur pratiquant l'agachon sur un spot situé aux Glénan (Finistère). Cet épisode remonte au 22 mai 2004, comme le précise le témoin (comm. pers.). Il s'agirait là du point le plus septentrional enregistré sur les côtes françaises depuis 1996 (littoral vendéen).

Informations complémentaires

Sur quatre-cent soixante-dix-neuf espèces de requins identifiées, seule une vingtaine doit être considérée avec méfiance.
Trois sont responsables de la majeure partie des attaques. Le grand blanc en fait partie, avec le requin tigre (Galeocerdo cuvier) et le bouledogue (Carcharhinus leucas). Carcharodon carcharias ne représente guère plus de 0,5 % de la population totale des requins de la planète.

Dans la catégorie des attaques provoquées :

- Amateurs d'émotions fortes, ne pensez pas que la cage offre le meilleur des abris pour approcher Carcharodon cacharias : les champs électro-magnétiques induits par le métal contribuent à exciter l'animal. Le nourrissage (feeding) n'est guère à recommander : il modifie le comportement des requins et génère une propension à la frénésie alimentaire.

- Les chasseurs sous-marins se doivent d'être d'une extrême prudence en sortant au plus vite leur(s) capture(s) de l'eau et en s'abstenant de pratiquer leur activité à proximité des spots où un grand blanc a été récemment signalé (même plusieurs jours avant). Le sang, de quelqu'origine qu'il soit, constitue évidemment un puissant agent attractif pour ce squale.

- Il ne faut jamais faire preuve d'agressivité envers ce requin, sauf si celui-ci entre en phase d'attaque. Un tel comportement doit également être observé depuis une petite embarcation car on le sait capable de bondir hors de l'eau.

Dans la catégorie des attaques non provoquées :

Si vous ne tenez pas à rencontrer un Carcharodon carcharias, évitez sérieusement les eaux troubles, les endroits où le fond plonge brusquement vers de plus grandes profondeurs (notamment si le lieu est réputé pour son abondance de vie), soyez attentifs au niveau des hauts-fonds, des îles et des détroits (à l'exemple du canal de Sicile, des îles de Lampedusa et de Malte qui se situent dans une zone de reproduction). On se consolera en pensant que le grand blanc, comme ses congénères, apprécie encore moins le néoprène que la chair humaine et que les surfeurs et les nageurs encourent davantage de risques...

Pour autant, rencontre ne signifie pas attaque :

Certains font d'ailleurs le choix délibéré d'une approche libre, sans oublier toutefois l'emportement qui risque de conduire à un excès de confiance. Le grand blanc demeure effectivement un requin dangereux.
En toutes circonstances, il importe de conserver son calme, de proscrire tout mouvement brusque et de laisser le moins de marge possible au requin, qui a besoin d'espace pour attraper et secouer sa proie. Si le fond est à proximité il convient de s'y poser et d'y demeurer jusqu'à ce que l'animal se soit éloigné. Remonter rapidement en surface constitue un risque inutile. Bénéficier d'un tombant rocheux dans le dos offre un atout supplémentaire pour constituer un poste d'observation. Dans la mesure du possible, il s'agit également de bien regrouper la palanquée, au plus serré. Le requin parti, la sagesse recommande ensuite de sortir de l'eau sans s'attarder, avec une vitesse de remontée conforme à la pratique de la plongée.

La base de recensement de l'International Shark Attack File ne relève pas un seul cas d'attaque de grand blanc sur les côtes françaises. Le danger représenté pour notre espèce est très fortement exagéré (notamment depuis 1975, année de sortie du film à effets spéciaux de Steven Spielberg : "Les dents de la mer" - Jaws -). Les requins ne mangent que très rarement des êtres humains tandis que ces derniers en consomment des quantités énormes au niveau mondial, allant jusqu'à mettre en péril l'existence de plusieurs espèces...

Réglementation

Le grand requin blanc se trouve aujourd'hui en danger de disparition : en l'espace de quinze ans, on estime la diminution de ses effectifs à 80 % ; en Méditerranée, la situation est vraisemblablement plus inquiétante encore quant au maintien de l'espèce dans cette zone.

Ceci lui vaut de figurer :
- depuis 1996, sur la liste rouge des espèces menacées répertoriées par l'IUCN
- à l'Annexe II de la CITES (sur proposition de l'Australie et de Madagascar) et de voir sa capture réglementée à dater de 2004.

L'Afrique du Sud a été le premier État à décider de sa sauvegarde, dès 1991. La Namibie a suivi en 1993 tandis que la Californie a pris le parti de sa protection depuis 1997, tout comme la Floride et l'Australie.
Il ne faut malheureusement pas se leurrer car un marché noir existe qui convoite sans scrupule les ailerons pour la cuisine et les dents pour trophée (un exemplaire pêché sur Sète, laissé au port la nuit, a été retrouvé édenté le lendemain), certaines pièces anatomiques pour une certaine médecine traditionnelle.

Origine des noms

Origine du nom français

Grand blanc est une traduction littérale de la dénomination anglo-saxonne qui remplace deux noms vernaculaires présents dans la littérature française comme dans les écrits scientifiques : lamie et carcharodonte.

Lamie, selon la mythologie, désigne Empousa, fille d'Hécate et qui a la réputation de se nourrir de chair humaine ; Lamia est aussi le nom de la fille du roi Belos qui enfante de Zeus. Par jalousie, sa progéniture est assassinée par Héra. Par vengeance, Lamia prend alors l'apparence d'un monstre et s'attaque aux enfants.

Carcharodonte : voir ci-dessous l'origine du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Carcharodon : du grec [kàrkharos] = effilé, pointu et de [odous] = dent.
Il est vrai que l'une des caractéristiques essentielles de ce requin réside dans la possession d'impressionnantes dents, triangulaires et dentelées.

carcharias : directement tiré du grec, signifie "aux dents aigües". En latin, le mot [carcharus] qui en dérive est parfois traduit par "chien de mer", ancienne appellation des requins.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Chondrichthyes Chondrichthyens Squelette cartilagineux, deux nageoires dorsales et une anale (primitivement), nageoire caudale hétérocerque*, deux paires de nageoires paires, bouche disposée sur la face ventrale.
Sous-classe Elasmobranchii Elasmobranches Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.
Super ordre Euselachii Sélaciens Raies et requins.
Ordre Lamniformes Lamniformes Requins maquereau : 2 nageoires dorsales, une nageoire "anale", 5 branchies, des yeux sans membrane protectrice, bouche étendue derrière les yeux.
Famille Lamnidae Lamnidés Présence de muscles rouges le long de l'axe central permettant de maintenir une température corporelle supérieure à celle de l'eau.
Genre Carcharodon
Espèce carcharias

Nos partenaires