Requin bouledogue

Carcharhinus leucas | (Müller & Henle, 1839)

N° 1801

Circumtropicale

Clé d'identification

Corps trapu et massif
Museau arrondi et extrêmement court
Dos brun olive à gris sombre, ventre blanc
Première dorsale grande, large et falciforme
Pelviennes triangulaires

Noms

Autres noms communs français

Requin taureau, requin du Zambèze, requin leucas, requin du Gange

Noms communs internationaux

Bull shark (GB), tiburon sarda, lamia (E), Bullenhai (D), Zambezi shark, zambesihaai (Afrique du sud), Ivanga sheu (Comores)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Carcharinus leucas (Müller & Henle, 1839)
Carcharhinus zambezensis (Peters, 1852)
Carcharhinus nicaraquensis (Gill & Bransford, 1877)
Carcharhinus azureus Gilbert & Starks, 1904)

Distribution géographique

Circumtropicale

Zones DORIS : Indo-Pacifique, Caraïbes

Il est très répandu en Atlantique et dans tout l'Indo-Pacifique. Il remonte l'estuaire du Saint-Lucian (au Natal), le fleuve Zambèze, le Mississipi et l'Amazone et se trouve également présent dans le lac Nicaragua.

Biotope

Le requin bouledogue est une espèce côtière et semi-pélagique. On le trouve de la surface à 30 m de profondeur, et parfois jusqu'à des profondeurs pouvant atteindre 150 m. Il affectionne particulièrement les baies, les estuaires, les lagons et les fleuves d'eau douce. Il supporte en effet des variations importantes de salinité.

Description

Le requin bouledogue possède un corps trapu et massif. Son museau est arrondi et extrêmement court. Ses yeux sont très petits. Ses dents supérieures sont larges, triangulaires et finement crénelées. Ses dents inférieures sont verticales et pointues. Sa formule dentaire* est la suivante : 13-1 à 2-13 /12-1 à 2-12. Son dos est de couleur brun à olive à gris sombre. Son ventre est blanc sale.
La première nageoire dorsale est grande et large, elle est falciforme*, son origine est située au niveau de l'aisselle pectorale. La deuxième dorsale est pratiquement trois fois plus petite, son origine est située légèrement en avant du niveau de l'anale. Les pectorales sont longues et également falciformes, elles sont de couleur noirâtre aux extrémités. Les pelviennes sont de forme triangulaire. Le lobe* supérieur de la caudale est bien développé. Il ne possède pas de ride inter dorsale.
Sa taille moyenne est de 2 m. Sa taille maximale est de 3,40 m.

Espèces ressemblantes

Le requin bouledogue peut être confondu avec Carcharhinus amboinensis le requin balestrine de l'océan Indien, de taille plus petite (2,8 m maximum), au dos grisâtre à brun foncé. La caudale du requin balestrine est plus verticale que celle du requin bouledogue, qui a la sienne dans le prolongement horizontal de son corps. Par ailleurs les pectorales de Carcharhinus amboinensis sont plus droites et plus longues. Trois à quatre des fentes branchiales du requin balestrine se trouvent au-dessus de la pectorale; pour le requin bouledogue on remarque deux branchies au-dessus de la pectorale, les trois autres étant plus en amont de la tête.

Alimentation

Son alimentation est très variée : on y retrouve tortues, mammifères marins, oiseaux, poissons osseux, poissons cartilagineux, crustacés, céphalopodes et gastéropodes. Tout y passe, les corps vivants ou morts, même les détritus peuvent être au menu.

Reproduction - Multiplication

C'est une espèce vivipare*. Le requin bouledogue atteint sa maturité sexuelle à l'âge de six ans, il mesure alors environ 1,90 m. La période de reproduction s'étend du printemps à l'été. La gestation dure 10 mois. La femelle donne naissance jusqu'à treize juvéniles. Les jeunes mesurent de 55 à 80 cm à la naissance. Ils sont déjà capables de supporter les variations de salinité des eaux douces et saumâtres.

Vie associée

On ne connaît aucun cas d'association, en dehors des rémoras (Echeneis sp.).

Divers biologie

La longévité est comprise entre quatorze et vingt ans.

Informations complémentaires

Le requin bouledogue est une espèce très agressive. Il est responsable de nombreux accidents mortels aussi bien en milieu naturel (eau douce, estuaire) qu'en aquarium. En Inde et dans le golfe du Bengale, il existe des rites funéraires qui consistent à confier les dépouilles des défunts aux fleuves. Le requin du Gange Glyphis gangeticus a longtemps été accusé à tort de s'attaquer à ces dépouilles, c'est en fait Carcharhinus leucas le requin bouledogue qui serait responsable de ces actes. Des attaques et des morsures ont également été relevées au cours d'activités de "shark feeding".

Le requin bouledogue appartient au groupe des cinq requins les plus dangereux au monde, il est souvent incriminé dans des attaques sur l'homme. Une série d'incidents tragiques impliquant des requins bouledogues et des requins-tigres s'est produite à La Réunion, principalement sur les brisants de Saint-Gilles, de Boucan-Canot à l'ouest de l'île. Huit attaques, dont trois mortelles, ont été dénombrées en moins de deux ans (une attaque par an en moyenne pour l'ensemble du territoire, depuis 1980, en corollaire sans doute d'une plus grande exploitation du littoral). Les victimes étaient, dans la grande majorité, des surfeurs (53 %), suivis des chasseurs sous-marins (18 %). Néanmoins, le 15 juillet 2013, nageant dans la baie de Saint-Paul, à quelques mètres d'un rivage non protégé par un lagon, une jeune apnéiste a été ciblée par un requin dans 5 m d'eau ; elle est décédée au cours de l'attaque (les baigneurs représentent 5% des attaques).

On déplore un manque patent d'information en direction des touristes comme des populations insulaires. Suite à certains de ces accidents, des pêcheurs professionnels ont été mandatés par la préfecture de La Réunion pour capturer des requins dans le proche voisinage, en prétextant que leur comportement serait ambivalent. Cette mesure sans effet, également portée par certains élus, était sans doute davantage destinée à calmer les esprits. Elle ne pouvait pour autant apporter de solution efficace et durable. Il est vrai que l'on ne peut que difficilement imaginer des filets de protection, à l'exemple de l'Afrique du Sud, tant en raison de la topographie des sites que des effets collatéraux néfastes pour de nombreuses espèces. Parallèlement, comme la loi interdit la vente de la plupart de la viande de requin et de certaines espèces de poissons osseux sur le marché local en raison de risques sanitaires, un programme de pêche destiné à effectuer une nouvelle évaluation de sécurité alimentaire et plus précisément d'une biotoxine : la ciguatera*. Les services vétérinaires doivent également procéder à des tests pour apprécier la présence de métaux lourds tels que le mercure, le cadmium et le sélénium. A l'issue de la dernière attaque fatale, le préfet a annoncé qu'un nombre supplémentaire de 90 requins bouledogues et requins tigres (45 spécimens de chaque espèce) doit être capturé et examiné. Cette phase d'échantillonnage du programme ciguatera avait été décidée antérieurement.

On peut s'interroger sur la finalité scientifique de cette étude, dans la mesure où l'enquête ne comprend que les deux espèces de requins incriminées dans les attaques et que leur pêche se trouve principalement limitée à la zone où se sont déroulés la plupart des incidents. Cette mesure se trouve par ailleurs assortie par un arrêté d'interdiction de baignade, de surf et de « body surf » hors des zones surveillées. D'autres préconisations, émanant des scientifiques comme des usagers de la mer, n'ont pas été retenues par les pouvoirs publics, notamment quant à l'occupation de la colonne d'eau et la création de « vigies requins ».

En Août 2012, les autorités insulaires ont lancé un programme de pêche au requin à des fins scientifiques dans le cadre de la gestion du risque requin, avec un programme incluant la pose de balises satellitaires. Le programme CHARC (Connaissance de l'écologie et de l'HAbitat de deux espèces de Requins Côtiers), sous l'égide de l'IRD (Institut de recheche pour le développement), vise à préciser les interactions entre les squales adultes et les structures aménagées ou naturelles, pour identifier notamment d'éventuelles aires de fréquentations préférentielles (zones de repos, de chasses, de reproduction, de ségrégation sexuelle). La taille des populations reste difficile à établir avec précision ; l'estimation de la surfréquentation des côtes réunionnaises dans la région de Saint-Paul repose sur donc exclusivement sur l'effort de pêche, critère fort subjectif n'apportant pas davantage de données quantifiées. Les décisions les plus récentes compromettent les résultats de cette étude. A ce stade, et en l'absence de toute publication officielle, il semble que la qualité des eaux puisse être un paramètre sensible (chasse d'eau des ravines, station d'épuration), comme la mauvaise santé du récif corallien. L'état de ce dernier a fait disparaître les requins de récifs. Ces espèces, qui étaient autrefois en capacité de réguler naturellement la population des grands prédateurs, a été mise à mal par une altération profonde du milieu dont l'origine est anthropique*. La présence d'une ferme aquacole, aujourd'hui fermée, peut avoir constitué un facteur ponctuel dans le bouleversement des équilibres. En l'absence de fondements sérieux, y inclure la réserve marine, voire le centre de sauvetage des tortues résulte davantage d'une projection imaginaire.

La surpêche, au cours des dix dernières années, a fait également chuter en profondeur la ressource piscicole exploitée par les pêcheurs. Les répercussions au sein de la chaîne alimentaire ont-elles des répercussions chez les requins ?

Beaucoup de questions demeurent en suspend. La résultante de cette « crise requins » se mesure par le poids des impacts sociaux et économiques, bien que l'offre touristique de La Réunion soit bien diversifiée, avec un volcanisme qui a modelé le paysage au point d'attirer de nombreux randonneurs dans un parc national classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, rencontrer des requins en plongée à La Réunion demeure un privilège rare. Seuls 8 % des attaques depuis 1980 intéressent des plongeurs. Toutefois, pour rassurer les populations et les touristes, le Comité Régional FFESSM s'est également mobilisé pour financer une opération de marquage, tentée avec deux apnéistes qualifiés : Fred Buyle et William Winram.

Réglementation

Il est pêché pour sa chair de qualité moyenne, son aileron et ses nageoires, l'huile de son foie. Le statut de conservation établi par l'UICN est "quasi menacé".

Origine des noms

Origine du nom français

Son apparence trapue et son agressivité lui ont valu le surnom de "bouledogue". L'appellation de requin taureau traduction de "bull shark" peut prêter à confusion avec Carcharias taurus le requin taureau. Pourtant ces deux requins sont de physionomie différente et n'appartiennent pas à la même famille. Carcharias taurus appartient à la famille des requins de sable (Odontaspididés).

Origine du nom scientifique

Carcharhinus du grec [karcharhos] = aux dents aigües,
leucas du grec [leukos] = blanc, relativement à la couleur de son ventre blanchâtre.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Chondrichthyes Chondrichthyens Squelette cartilagineux, deux nageoires dorsales et une anale (primitivement), nageoire caudale hétérocerque*, deux paires de nageoires paires, bouche disposée sur la face ventrale.
Sous-classe Elasmobranchii Elasmobranches Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.
Super ordre Euselachii Sélaciens Raies et requins.
Ordre Carcharhiniformes Carcharhiniformes Requins de fond.
Famille Carcharhinidae Carcharhinidés
Genre Carcharhinus
Espèce leucas

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