Crapaud vert

Bufotes viridis | (Laurenti, 1768)

N° 3263

Eurasie, Afrique du Nord et Proche-Orient

Clé d'identification

Glandes parotoïdes : longueur double de largeur
Pupille horizontale
Iris vert-gris
Corps maculé de taches vertes

Noms

Noms communs internationaux

European green toad (GB), Rospo smeraldino (I), Sapo verde (E), Wechselkröte, Grüne Kröte (D), Groene pad (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Bufo viridis (Laurenti, 1768)
Bufo viridis Laurenti, 1768
Bufo viridis viridis Laurenti, 1768
Pseudepidalea viridis
(Laurenti, 1768)
Bufo viridis balearicus (Boettger, 1880)

Distribution géographique

Eurasie, Afrique du Nord et Proche-Orient

Zones DORIS : Eau douce d'Europe

Il est présent des steppes de l'Asie jusqu'à l'est de la France, et du nord de l'Allemagne jusqu'en Afrique du Nord.
En France continentale, on le rencontre dans les départements de l'est : le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, le Doubs et la Moselle qui est la pointe ouest de son aire de distribution. Il est aussi présent en Corse (la sous-espèce Bufotes viridis balearicus). Les populations restent faibles sauf en Corse où il est relativement abondant.
Le crapaud vert est considéré comme disparu en Suisse.
En Belgique, les quelques signalements sont anciens (le plus récent date de 1976) et peu fiables.

Biotope

Le crapaud vert affectionne plus particulièrement les friches, les décombres et les milieux cultivés sous forme de jachères sèches, de jardins, de parcs, de gravières et d'anciens sites miniers, voire de certaines zones urbaines. Il ne fréquente jamais de grands massifs forestiers.

Description

La taille va de 50 à 80 mm chez les mâles et de 70 à 90 mm chez les femelles (dans l'est de la France).
Le dos est verruqueux, de couleur gris clair avec des grandes marbrures vertes.
Les yeux ont une pupille horizontale avec un iris vert-gris. Le tympan est bien visible et les glandes parotoïdes* sont de forme allongée. Leur longueur équivaut à environ deux fois leur largeur.

Espèces ressemblantes

Adultes
Grenouilles : la peau pustuleuse des crapauds permet de les distinguer aisément des grenouilles.


Bufo bufo (crapaud commun) :
- la taille est plus grande : jusqu'à 15 cm ;
- les yeux sont plus écartés et l'iris est doré ou cuivré ;
- il marche ou saute.


Epidalea calamita (crapaud calamite) :
- la taille et la corpulence sont semblables ;
- il y a presque toujours une ligne dorsale jaune orange qui parcourt tout le dos du museau à l'anus ;
- l'iris jaune-vert a une teinte plus vive ;
- les glandes parotoïdes ont une longueur équivalente à leur largeur ;
- il ne saute jamais.


Têtards
Le têtard de Bufotes viridis ressemble très fort à ceux du crapaud commun et du crapaud calamite :
- l'extrémité de la queue est arrondie ;
- le bord de la nageoire supérieure atteint juste l'extrémité du tronc ;
- mais sa nageoire est assez claire alors qu'elle est sombre chez B. bufo ;
- il a rarement une ligne claire le long du milieu du dos alors que E. calamita en a une dès le stade « 4 pattes ».

Des hybridations sont possibles entre Epidalea calamita et Bufotes viridis.

Alimentation

Les têtards sont omnivores. Les individus métamorphosés sont carnivores : petits insectes, araignées, gastéropodes, …

Reproduction - Multiplication

Suivant les régions, Bufotes viridis hiberne de novembre à janvier dans une cavité à l'abri du gel (tunnel d'animal, cave, tas de bois). Il lui arrive de creuser des terriers.
La sortie d'hibernation et la migration vers la zone de ponte commencent dès que la température de l'air atteint au moins 5 °C.
Le frai se déroule de mi-mars à début mai dans l'est de la France et de début mars à fin avril en Corse. Ces périodes sont indicatives car le crapaud vert s'adapte aux conditions météo avec un début précoce ou une fin tardive selon l'intensité des pluies.
Il se reproduit dans des points d'eau relativement profonds et permanents, dépourvus de végétation aquatique ou faiblement végétalisés avec une faible lame d'eau sur les berges. C'est cette partie récemment inondée par les pluies (habitat jeune) que le crapaud vert colonise rapidement. Pendant les ardeurs du rut, le mâle, généralement plus petit que la femelle, la harcèle parfois avec maladresse avant de se hisser pour de bon sur son dos (pas d'accouplement ventre à ventre). Les mains du mâle sont enfoncées dans les aisselles de la femelle. Les callosités nuptiales présentes sur certains de ses doigts et très foncées pendant la saison de reproduction, l'aident à maintenir sa prise. Il n'est pas rare de voir plusieurs mâles s'agripper autour de la même femelle. Leur instinct de reproduction les amène à s'accrocher à tout ce qui bouge : grenouille, poisson, autre mâle ou crapaud d'une autre espèce (voir photo).
Les œufs sont pondus en cordons doubles de 2 à 5 m de longueur et de 4 à 8 mm d'épaisseur. Ils sont typiquement en forme de ligne brisée. Ces filaments qui peuvent contenir jusqu'à 15 000 œufs, sont généralement déposés sur le substrat ou parfois (rarement) enroulés autour des herbes inondées. L'œuf est un petit embryon brun-noir dans une enveloppe transparente. Il mesure environ 1 à 1,5 mm de diamètre. Les éclosions débutent vers la mi-avril.
Le têtard est d'abord noir avec des taches jaunes sur le ventre. Sa livrée s'éclaircit progressivement vers un dos gris ou brunâtre avec des taches claires, et un ventre clair. Il peut atteindre une taille de 50 mm. Sa bouche est presque aussi grande que la distance entre ses yeux.
La métamorphose se déroule à partir de début juillet.

La maturité sexuelle est atteinte généralement à l'âge de deux ans, parfois d'un an chez les mâles.

L'espérance de vie est d'environ 10 ans.

Vie associée

Ses principaux prédateurs sont les sangsues, les insectes aquatiques, les poissons, des amphibiens, des reptiles, des mammifères.

Divers biologie

Chant
Le chant du crapaud vert peut être écouté sur le site internet de l'Association BUFO http://www.bufo-alsace.org/
Il peut être confondu avec celui de la Courtilière, gros insecte fouisseur aussi dénommé taupe-grillon.
Déplacement
Il se déplace d'habitude en marchant. S'il se sent en danger, il saute. L'adulte peut parcourir 5 km pour coloniser de nouveaux espaces.
Respiration
Le crapaud vert ne possède pas de côtes lui permettant de dilater et de contracter ses poumons. C'est en levant et en abaissant régulièrement le plancher buccal, qu'il aspire l'air par ses narines et le fait refluer vers ses poumons (comme s'il avalait l'air). Ce système est insuffisant pour assurer tous les échanges gazeux nécessaires. Sa peau lui permet de compléter ces échanges : l'oxygène de l'air se dissout dans la mince couche de mucus et est absorbé directement par le sang qui circule dans les vaisseaux sous-cutanés.

Informations complémentaires

Actions de communication et de protection en faveur du Crapaud vert : l'exemple de la Gravière du Fort – Site de plongée à Holtzheim (Bas-Rhin)

Par une belle journée de mai 2012, des amphibiens sont surpris en train de batifoler dans une flaque d'eau de quelques m² à proximité des locaux du site. Après quelques photos et coups de fil, il s'avère qu'il s'agit de crapauds verts, espèce rare et menacée, ainsi que quelques crapauds calamites, tout aussi intéressants.

Sur les conseils de spécialistes et sans attendre, une opération de sauvegarde de la flaque est lancée par maintien de son niveau d'eau et par son balisage pour éviter sa destruction involontaire notamment du fait des véhicules. En parallèle, une information générale est lancée au travers du Galet n°67, le petit journal de la Gravière. De simple flaque, elle devient mare d'intérêt patrimonial.
Ainsi, tout au long de l'été jusqu'en août un suivi quasi quotidien est réalisé par les bénévoles de la Gravière du Fort avec mise en place d'une pompe pour garantir le niveau d'eau pour les têtards. Quelques dizaines de têtards peuvent se métamorphoser en petits crapauds verts.

Non contents de batifoler dans la mare, ces charmants amphibiens s'abritent sous les locaux du site et, lors des soirées, gratifient les plongeurs de leurs chants mélodieux.

En 2013, une mare moins exposée aux risques de destruction et d'assèchement a été construite pour permettre à ce petit amphibien de se développer sur le site où il est tout naturellement le bienvenu.

Menaces
Les principales menaces qui pèsent sur cette espèce et son habitat sont liées à l'urbanisation, aux projets d'infrastructures et d'aménagement ainsi qu'aux activités d'extraction de granulats. Il faut également ajouter la prédation par d'autres espèces (notamment les poissons) qui est une menace directe sur les têtards et le succès de reproduction du crapaud vert.
Il est exposé à un risque d'extinction en France à moyen terme. Il fait à ce titre l'objet d'un plan national d'action en cours de finalisation (2012) et de plans régionaux d'action en Alsace et en Lorraine. Ces plans ont pour objectifs de développer les actions de connaissance, protection et communication sur cette espèce.
Il est très dépendant de milieux artificiels en Alsace et en Lorraine à l'instar d'anciens sites miniers, de zones d'extraction de granulats

Mythes et croyances
La crapaudine
Il s'agit d'une pierre précieuse provenant d'une dent fossilisée de poisson que l'on croyait au Moyen-Age provenir de la tête des crapauds (d'où son nom). Ces derniers étaient censés la cracher quand on agitait devant eux un bout de tissu rouge. Cette pierre avait pour pouvoir de changer de couleur au contact d'un poison.
Image du crapaud
L'image du crapaud est fortement associée à celles des sorcières et à différentes croyances aussi bien pour chasser le mal que pour l'incarner.

Dans la littérature
Victor Hugo lui a dédié un poème d'environ 180 vers extrait de la Légende des Siècles dans lequel il montre la grandeur de l'animal par rapport à l'homme.

Réglementation

Communautaire :
Directive Habitats-Faune-Flore : Annexe IV
International :
Convention de Berne : Annexe II
De portée nationale :
Amphibiens et Reptiles protégés : article 2 de l'arrêté ministériel du 27 novembre 2007, Spécimens et milieux de vie protégés ;
Vertébrés menacés d'extinction en France : arrêté ministériel du 09 juillet 1999, toute autorisation (capture, transport, lâcher etc.) doit être délivrée directement par le ministre en charge de l'écologie.

Origine des noms

Origine du nom français

Crapaud : du germanique [krappa] = crochet
vert : traduction du nom scientifique [viridis] = vert

Origine du nom scientifique

Bufo : du latin [bufo] = crapaud
viridis : du latin [viridis] = vert

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Amphibia Amphibiens Vertébrés tétrapodes caractérisés par deux stades distincts : un stade larvaire aquatique et un stade adulte en partie terrestre. Quelques formes tropicales apodes.
Sous-classe Lissamphibia Lissamphibiens Tous les amphibiens actuels.
Super ordre Salientia Salientiens
Ordre Anura Anoures Amphibiens dont la queue disparaît après la métamorphose. Ce sont les grenouilles, crapauds, et rainettes.
Famille Bufonidae Bufonidés Famille des crapauds.
Genre Bufotes
Espèce viridis

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