Bopyre des crevettes

Bopyrus squillarum | Latreille, 1802

N° 1787

Atlantique Nord-Est, Méditerranée, mer Noire et Indo-Pacifique Nord

Clé d'identification

Parasite externe déformant la chambre branchiale de son hôte
Femelle avec dissymétrie et aplatie dorso-ventralement
Femelle en forme de goutte d'eau rétrécie à l'arrière
Mâle tout petit, au corps allongé et symétrique
Mâle parfois visible par transparence entre les pléopodes de la femelle

Noms

Autres noms communs français

Bopyre des chevrettes

Noms communs internationaux

Parasitic isopod (GB), Isopodo parassita, bopiridi (I), Isópodo parásito (E), Parasitische Meeresassel (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Monoculus crangorum Fabricius, 1798
Bopyrus fougerouxi Giard & Bonnier, 1890
Bopyrus helleri Giard & Bonnier, 1890
Bopyrus rathkei Giard & Bonnier, 1890
Bopyrus treillianus Giard & Bonnier, 1890
Bopyrus xiphias Giard & Bonnier, 1890
Bopyrus rathkei Stebbing, 1893
Bopyrus rathkei Bonnier, 1900
Bopyrus treillianus Bonnier, 1900

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Méditerranée, mer Noire et Indo-Pacifique Nord

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique

On trouve cet isopode dans toute la Méditerranée, la mer Noire et le long des côtes de l'Atlantique Nord-Est, jusqu'au Maroc au sud et au Danemark au nord.
Il est également présent dans l'Indo-Pacifique Nord, depuis la mer d'Oman jusqu'au Japon.

Biotope

Ce crustacé isopode est le parasite d'autres crustacés : son biotope* est donc le crustacé lui-même mais, plus largement, celui de ses hôtes.
Ainsi, au stade larvaire, il vit en parasite d'un copépode pélagique*.
Puis, dans un second temps, il partage le site d'une crevette, son hôte définitif. Il devient benthique*, dans des prairies de posidonies, des herbiers de zostères ou de cymodocées ou sur des fonds rocheux.
La distribution bathymétrique* est donc faible, de la surface à une dizaine de mètres de profondeur.

Description

Le bopyre de la crevette est un parasite externe ou ectoparasite*, de l'embranchement des crustacés. Il est bien visible de l'extérieur : sa présence est mise en évidence par un gonflement sur la partie latérale du céphalothorax* de la crevette, sous sa carapace* au niveau de la chambre branchiale (branchiostégite*).
L'animal visible est la femelle car le mâle est environ 6 à 7 fois plus petit.

La femelle a l'apparence d'une goutte d'eau rétrécie en arrière. Sa dissymétrie est liée à celle de la chambre branchiale de son hôte dont elle épouse la forme. En effet, son corps est confiné dans l'espace de la chambre branchiale rigide. Il se modifie et prend la forme de l'espace disponible. Cette forme est cependant différente si elle se trouve à droite ou à gauche de l'hôte.

La femelle présente un corps aplati dorso-ventralement d'environ 1 à 1,5 cm dans sa longueur et 0,6 à 0,9 cm dans sa largeur. Le thorax possède sept paires de petites pattes trapues. Les péréiopodes* sont terminés par des griffes puissantes qui permettent la fixation sur l'hôte. La femelle porte encore cinq paires de lamelles abdominales triangulaires.

La femelle a sa face dorsale contre les branchies de la crevette et sa face ventrale contre la carapace (branchiostégite*). Cette face ventrale est souvent recouverte d'œufs de couleur jaune orangé, en début d'incubation, couleur due à des pigments caroténoïdes*.

Elle ne possède pas d'yeux.

Le mâle de couleur sombre est tout petit : pas plus de 2 mm de long et 0,25 mm de large. Le corps allongé est symétrique, composé d'anneaux bien distincts. Sa forme est celle d'un mini-cloporte. La tête est arrondie avec des antennes peu visibles car très cachées. Le thorax comprend sept segments, tandis que l'abdomen est constitué de six segments soudés.

L'animal est de couleur sombre avec un chromatophore* clair sur sa partie dorsale. Contrairement à la femelle, il semble être resté au stade trois de l'état larvaire (larve* cryptoniscienne). Il est visible parfois par transparence entre les pléopodes* de la femelle.

Il possède des yeux noirs.

Espèces ressemblantes

On peut confondre ce bopyre avec d'autres isopodes :
Le bopyre ocellé, Bopyrina ocellata (Czerniavsky, 1868), est un parasite des crevettes Hippolyte comme Hippolyte inermis Leach, 1816.

Urobopyrus processae Richardson, 1904 est un parasite de la crevette-autruche comestible, Processa edulis (Risso, 1816).

Le bopyre à 2 taches, Bopyrus bimaculatus Chopra, 1923, qui est très semblable mais possède 2 taches sombres sur l'abdomen de la femelle. L'espèce a été décrite de Birmanie.

Bopyrella calmani (Richardson, 1905) est un parasite que l'on retrouve dans le Pacifique.

Alimentation

La femelle du bopyre est hématophage*. Elle se glisse sous le thorax d'une crevette et se fixe sur ses branchies qu'elle va ponctionner à l'aide de son tube digestif transformé en appareil de succion.
La littérature ne fournit pas de renseignement sur l'alimentation du mâle.

Reproduction - Multiplication

La femelle est solidement fixée sur la crevette. Le mâle nain, quant à lui, parcourt les organes génitaux de la femelle, entre ses pléopodes, et la féconde.
La femelle possède une cavité incubatrice, formée par les oostégites* (expansions lamellaires portées par les péréiopodes), dans laquelle les œufs vont prendre leur place. Généralement, il s'agit de grande quantité d'œufs dont le nombre varie de 500 à 20 000 selon la taille de la femelle et de l'hôte. Ils sont très petits et changent de couleur à maturité passant du jaune clair au brun.
Les femelles sont porteuses d'œufs dans leur poche incubatrice tout au long de l'année. On peut les distinguer aisément sur la face ventrale du bopyre à travers la carapace de la crevette.
La femelle, après une mue, peut rentrer dans une phase de repos sexuel, sans perdre les oostégites.

La durée entre la fixation de la larve* sur la crevette Palaemon et le subadulte est de 3 mois environ et les premières pontes interviennent à l'âge de 10 mois. La longévité de l'espèce ressemble à celle de son hôte, à savoir 3 ou 4 ans maximum.

La larve du bopyre suit un cycle particulier : incubée dans l'organisme maternel, elle est tout d'abord sédentaire dans la cavité incubatrice. Puis, elle va évoluer et devenir une bonne nageuse grâce aux soies natatoires de ses appendices abdominaux. Elle va même s'échapper pour atteindre son premier hôte, temporaire, généralement un copépode pélagique. Puis c'est le deuxième stade : après une mue, elle devient une larve libre et va parasiter son hôte définitif et se métamorphoser* en mâle ou en femelle. La première larve à se fixer sur la crevette deviendra femelle, la prochaine se transformera en mâle avec le dimorphisme* sexuel décrit plus haut.

Tout au long de ces transformations et de ces développements, un grand nombre de juvéniles bopyres ne survivent pas faute de trouver un hôte.

Vie associée

A l'état larvaire, le bopyre vit en parasite d'un copépode pélagique.
Au stade adulte, il devient le parasite de crevettes du genre Palaemon comme :
Palaemon elegans, la petite crevette rose ;
Palaemon xiphias, le bouquet des posidonies ;
Palaemon serratus, la grande crevette rose ;
Palaemon adspersus.
Il est précisé que, dans l'océan Indien, son hôte est Nematopalaemon tenuipes (Henderson, 1893) et au Japon, Palaemon pacificus (Stimpson, 1860) et Palaemon serrifer (Stimpson, 1860).

Divers biologie

Les isopodes parasites présentent fréquemment un dimorphisme sexuel qui est particulièrement marqué chez le bopyre de la crevette.
La forme particulière du corps de la femelle, enchâssée sous la carapace de la crevette, lui permet de rester fixée sans effort sur son hôte. Elle peut être retirée et replacée facilement et ce n'est que lorsque la crevette va muer qu'elle utilisera ses griffes pour s'accrocher fermement. Sa tête est dirigée exclusivement vers la queue de la crevette. Elle débutera sa mue quelques heures après celle de son hôte.
Sa taille est liée à celle de la crevette : plus celle-ci sera de grande taille, plus la femelle sera grosse. Il en va de même pour le mâle.

Il existe parfois mais rarement un parasitisme bilatéral de la crevette. Le bopyre infecte sans préférence aussi bien des hôtes mâles que femelles.

La répercussion de ce parasitisme sur la santé de l'hôte semble importante, entraînant un ralentissement de son développement. Cette remarque a été mise en évidence dans des élevages en constatant que la taille moyenne des individus infectés était inférieure à la normale dans la plupart des cas. Cela s'explique certainement par une gêne liée à la ponction sanguine faite par le parasite et à la difficulté des échanges gazeux occasionnés par la position du bopyre sur la chambre branchiale, limitant l'eau pouvant circuler entre les branchies. Le parasite peut occuper plus de 80 % de l'espace de cette chambre branchiale.

Des études en aquarium ont démontré également une mortalité précoce et accrue des crevettes parasitées. Le confinement et la proximité dans les élevages intensifs rendent particulièrement sensibles les crevettes à ce type de parasitisme.

D'après des pêcheurs à pied et consommateurs bretons de crevettes Palaemon serratus, la présence du bopyre n'occasionne pas de répercussion sur la qualité gustative de ces crevettes. Cependant, les mareyeurs et les poissonniers retirent habituellement les crevettes parasitées des lots proposés à la vente.

Informations complémentaires

Jadis, les pêcheurs pensaient que ces bopyres étaient des poissons plats ou Pleuronectiformes*, soles ou plies au stade juvénile.

Il existe d'autres bopyres parasites qui se localisent au niveau abdominal, comme Hemiarthrus abdominalis.

Le bopyre est un isopode parasite épicaride c'est-à-dire qu'il parasite d'autres crustacés.

La couleur orangée de la femelle est due à la présence des œufs et plus précisément au vitellus*.

Palaemon serratus récoltée parasitée par Bopyrus squillarum semble vivre correctement en aquarium.

Extrait d'un texte de 1877 « Die Gartenlaube » traduit de l'allemand : "Le bopyre grandit dans le sens où il y a de l'espace et se recroqueville de l'autre côté. D'après des recensements que j'ai effectué à Roscoff, le Bopyrus s'incruste plus souvent du côté gauche que du côté droit (huit fois du côté gauche et cinq fois du côté droit). Sur 13 Bopyrus, 8 sont courbés à gauche et cinq à droite. Si on voulait comprendre le procédé dans tous ses détails, on pourrait prouver que le Bopyrus se courbe selon son entourage comme le pied selon sa chaussure." D'autant plus qu'elle comble, au bout d'un moment, toute la place des branchies et qu'elle ne se déplace plus jamais.

Origine des noms

Origine du nom français

Bopyre des crevettes est un traduction du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Bopyrus : d'après Latreille (dans Histoire Naturelle des Crustacés et des Insectes, 1803), Bopyrus serait un nom propre en latin. On ne sait cependant pas de qui il s'agit.
squillarum : du latin [squilla] = squille, du nom d'un autre crustacé.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Eumalacostraca Eumalacostracés Présence d’une carapace recouvrant la tête et tout ou partie du thorax.
Super ordre Peracarida Péracarides Les femelles sont dotées d'une cavité d'incubation formée par des expansions lamelleuses des péréiopodes.
Ordre Isopoda Isopodes Corps comprimé dorso-ventralement, première paire d’antennes beaucoup plus petite que la seconde, yeux non pédonculés. 7 paires de pattes de même apparence.
Famille Bopyridae Bopyridés

Parasites externes de crevettes marines.

Genre Bopyrus
Espèce squillarum

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