Holothurie à ocelles rouges

Bohadschia atra | Massin, Rasolofonirina, Conand & Samyn, 1999

N° 4432

Ouest de l'océan Indien

Clé d'identification

Grande holothurie
Nombreux ocelles rouges sur un fond noir
Bouche ventrale entourée de vingt tentacules noirs courts
Anus presque dorsal, en forme d'étoile, émettant facilement de très gros tubes de Cuvier

Noms

Autres noms communs français

Holothurie léopard de l'océan Indien

Noms communs internationaux

Tiger fish, black leopard sea cucumber, red-eyed sea cucumber, red-spotted black sea cucumber (GB)
NB : certains de ces noms sont partagés avec l'espèce-sœur B. argus.

Distribution géographique

Ouest de l'océan Indien

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Cette holothurie est présente dans l'océan Indien tropical occidental : Madagascar, côte est-africaine (Tanzanie et Kenya), Comores, Seychelles, Maurice, Maldives, Sri Lanka. Sa présence est controversée en mer Rouge. Pour la France, on la trouve en grande abondance à Mayotte et aux îles Eparses, mais elle ne semble pas présente à la Réunion.

Biotope

Cette holothurie se rencontre dans les récifs coralliens : platiers peu profonds, lagons et débris coralliens, herbiers et pentes sablonneuses externes, jusqu'à 40 m de profondeur mais le plus souvent en eaux peu profondes et dans les passes. C'est une holothurie de sable, qui ne semble pas aimer escalader le corail ni s'exposer au courant. A Mayotte elle est très abondante sur les platiers à très faible profondeur. Inversement, aux Maldives elle se trouve surtout en pied de tombant, à partir de 10 m de profondeur.

Les holothuries à ocelles rouges sont rarement enfouies dans le sédiment, et peuvent atteindre de fortes densités sur certains sites, comme à Mayotte. C'est une holothurie diurne à l'âge adulte, contrairement à la plupart des autres Bohadschia.

Description

Bohadschia atra est une grande holothurie (30-60 cm de long pour 10-15 cm de large et pouvant dépasser 2 kg), s'amincissant postérieurement. Sa silhouette est tubulaire, en forme caractéristique de grosse saucisse, avec des extrémités arrondies (la postérieure légèrement plus effilée) et un tégument* lisse et régulier, presque jamais ridé, boudiné ou comprimé. Le dos est parsemé de petites papilles* sombres, courtes et clairsemées.

La coloration est assez stable : typiquement sur un fond noir ou brun sombre, se dessinent des ocelles* ovales rouge sombre de 0,5 à 3 cm de diamètre, ponctués en leur centre d'un point noir. Il se trouve toujours sur ce point noir au moins un petit podia*, mais tous les podia ne sont pas au centre d'un ocelle. Des ocelles proches peuvent fusionner pour former des taches de formes irrégulières, en particulier autour de l'anus, qui est presque toujours entièrement entouré de rouge. Une partie de ces ocelles sont parfois grossièrement alignés, notamment sur les côtés et en approchant de l'anus. Attention cependant, à partir d'une dizaine de mètres de profondeur et en fonction de la turbidité et de l'éclairage, les ocelles rouges ne sont plus visibles, cette couleur disparaissant avec la profondeur. Tous les podia et papilles sont noirs ou parfois rouge sombre.

La face ventrale (trivium* ou sole), plate, est fauve au centre avec un dégradé vers le noir sur les côtés ; les nombreux podia, courts et sombres, y sont disposés sans ordre apparent et leur pouvoir d'adhérence est plutôt faible comparé à d'autres espèces.

La bouche est ventrale entourée d'environ vingt tentacules* peltés* courts et noirs, difficilement visibles. L'anus est presque dorsal, entouré de 5 papilles formant une étoile (mais sans dents anales dures), généralement béant, émettant facilement de très gros tubes de Cuvier* collants si on perturbe l'animal.

Cette espèce ne se couvre pas spontanément de sédiment ou de débris, cependant elle présente parfois de fins filaments de mucus agrégeant un peu de sable fin.

Les juvéniles arborent généralement le patron de coloration des adultes et sont visibles aux mêmes endroits, mais seulement de nuit. A Mayotte, on trouve parfois des juvéniles clairs, à la coloration châtain ou crème et avec des ocelles jaunes cerclés de noir et entourés d'un halo blanc, exactement comme l'espèce-sœur du Pacifique Bohadschia argus. Cependant, aucun adulte arborant une telle livrée n'y a été observé, et on postule en attendant de plus amples informations qu'il s'agit d'un morphe* juvénile alternatif ; des morphes intermédiaires existent aussi, ce qui va dans le sens de cette hypothèse. De même, certains patrons sombres de Bohadschia argus correspondent à la description de B. atra, cependant les deux espèces ne partagent pas la même aire de répartition.

Espèces ressemblantes

Holothuria atra Jaeger, 1833 : très souvent en sympatrie* avec B. atra, dont elle partage l'épithète spécifique. Holothurie plus fine et allongée, uniformément noire, de forme moins régulière (facilement tordue, boudinée, comprimée, ridée), et distinctivement couverte de sable, mis à part deux rangées de taches nues laissant voir le tégument noir. Pas de tubes de Cuvier.

Bohadschia argus Jaeger, 1833 : présente uniquement dans le Pacifique. Sa coloration est plus claire et plus variable : généralement brune ou gris clair, ses ocelles sont jaune doré, cerclés de noir et souvent entourés d'un halo blanc. Les morphes les plus sombres peuvent être très proches de B. atra, et la proximité génétique entre ces deux espèces pourrait rendre certains spécimens de la zone de sympatrie (mer d'Andaman) difficiles à déterminer. Les deux espèces sont très proches génétiquement et morphologiquement (ossicules* similaires), elles sont considérées comme des espèces-sœurs.

Bohadschia subrubra (Quoy&Gaimard, 1834) : présente en Indo-Pacifique. Coloration extrêmement variable, parfois tachetée en léopard, mais jamais de vrais ocelles réguliers. Face ventrale (trivium) distinctivement blanche. Cette espèce est généralement couverte de gros débris pendant la journée. B. atra a longtemps été confondue avec B. subrubra.

Bohadschia vitiensis (Semper, 1868) : présente en Indo-Pacifique. Sa face dorsale est jaune à marron avec parfois deux larges bandes transversales marron foncé, sa face ventrale est uniformément blanche à marron.

Bohadschia koellikeri (Semper, 1868) : présente le long des côtes est africaines, Madagascar et Indo-Pacifique. Sa coloration de base est marron-beige, recouverte de larges taches crème (parfois l'inverse), formant des frontières nettes et réticulées. Bohadschia marmorata, très proche de B. koellikeri, est présente dans le Pacifique uniquement.

Bohadschia cousteaui (Cherbonnier, 1955) : présente à Madagascar et en mer Rouge, mais moins fréquente. Sa face dorsale est marron-chocolat.

Les espèces sombres du genre Actinopyga peuvent parfois ressembler aux Bohadschia, mais leur tégument est moins lisse et elles sont pourvues de dents anales très caractéristiques.

Alimentation

L'holothurie à ocelles rouges est limnivore* : elle avale la pellicule superficielle du sédiment pour digérer la matière organique qui s'y trouve. Au fur et à mesure de sa lente progression, elle libère par l'anus de longues crottes de sable fin et propre.

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés et la reproduction est externe. Au cours de la reproduction, qui aurait lieu durant la saison chaude, les individus se dressent sur les 2/3 de leur longueur pour émettre leurs gamètes* par le pore génital, situé près de la bouche.

L'émission des gamètes est influencée par le cycle lunaire et a généralement lieu au coucher du soleil, au cours des un à trois jours qui suivent la pleine lune. La fécondation est externe et a lieu en pleine eau et donne une larve* auricularia pélagique*, très différente de l'adulte (notamment par sa symétrie bilatérale). Celle-ci finit par rejoindre le fond et se transforme ensuite en un adulte miniature, d'abord nocturne.

Vie associée

A la surface de Bohadschia atra se trouvent fréquemment des crevettes (comme la crevette impératrice Zenopontonia rex), des petits crabes (comme Lissocarcinus orbicularis), des vers annélides ou des gastéropodes. Leurs relations avec les holothuries ne sont pas bien connues, peut-être se nourrissent-ils de parasites microscopiques, ou simplement de particules se déposant à leur surface.

Certaines espèces de poissons-perles (Carapidés), également appelés aurins ou fierasfers, peuvent vivre à l'intérieur de l'holothurie à ocelles rouges, dans l'arbre respiratoire ou la cavité générale (genres Encheliophis et Carapus). Leur forme très effilée leur permet d'y entrer par l'anus, généralement à reculons. Certains semblent être de simples commensaux*, tandis que d'autres seraient de réels parasites, se nourrissant des organes de l'holothurie. Ces associations sont mieux connues chez l'espèce-sœur du Pacifique B. argus.

Divers biologie

Pour se défendre, elles peuvent émettre par leur anus un appareil tubulaire collant : les tubes de Cuvier. Ces formations filiformes, gluantes et urticantes, adhèrent fortement à tout ce qu'elles touchent, particulièrement chez Bohadschia atra, qui les expulsera au moindre dérangement. Ces tubes sont légèrement urticants, mais plus pénibles que dangereux : ils sont également très difficiles à retirer des textiles.

En cas de danger vital, les holothuries peuvent rejeter leurs viscères par l'anus.

Le tégument contient des spicules* de 3 formes différentes : longues poutrelles à base lisse, linéaire et cylindrique, et aux extrémités trouées et festonnées ; rosettes très branchues et de taille intermédiaire ; petites pépites lobées partiellement trouées. Celles des tentacules sont des bâtons courbés.

Informations complémentaires

Dans de nombreux pays tropicaux, les holothuries sont pêchées en plongée et consommées sous le nom de trépang. L'holothurie à ocelles rouges est également pêchée dans ce but, notamment en Tanzanie, mais a une valeur commerciale moyenne, peut-être en raison de ses tubes de Cuvier particulièrement collants qui en rendent la collecte et la transformation difficile. Par ailleurs, sa description récente (elle fut longtemps confondue avec B. argus et B. subrubra) fait que les données sur son commerce sont encore rares, et qu'elle demeure essentiellement commercialisée sous le même nom que B. argus (« tigerfish »). Elle est donc classée par l'IUCN dans la catégorie « Data Deficient » (données insuffisantes). La baisse des stocks d'holothuries à plus forte valeur pourrait cependant entraîner un accroissement de la pression sur cette espèce.

Les tubes de Cuvier, les viscères et la peau de nombreuses holothuries contiennent des holothurines, toxines thermostables et hydrosolubles, à action hémolytique et neurotoxiques chez certains animaux, légèrement urticante chez l'homme.

Origine des noms

Origine du nom français

Holothurie à ocelles rouges / holothurie léopard : du fait de sa robe ocellée.

Bêche de mer : nom générique des holothuries, venant du portugais bicho do mar, sans doute par analogie avec l'outil qui sert à retourner la terre.

Origine du nom scientifique

Bohadschia : en l'honneur du zoologiste tchèque Joannes Baptista Bohadsch (1724-1772), qui publia à Dresde des études sur les animaux marins, notamment le livre De quibusdam animalibus marinis en 1761.

atra : du latin [atra] = noir (en référence à la couleur de fond de la robe, rare dans ce genre), épithète spécifique partagé avec Holothuria atra, entraînant parfois un risque de confusion.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Holothuroidea Holothuroïdes Echinodermes vermiformes, ouverture buccale à l’extrémité antérieure du corps et entourée d’une couronne de tentacules rétractiles, anus postérieur, une seule gonade : holothuries, concombres de mer.
Endosquelette réduit à de microscopiques ossicules ou plaques, inclus dans la paroi du corps.
Super ordre Aspidochirotacea Aspidochirotacés
Ordre Aspidochirotida Aspidochirotes Symétrie bilatérale, avec une sole de reptation et des podia buccaux en forme d’écusson.
Présence de poumons, pas de muscle rétracteur de la bouche.
Famille Holothuriidae Holothuriidés Podia munis d’ampoules. La gonade est placée à gauche du mésentère dorsal.
Genre Bohadschia
Espèce atra

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