Etoile-peigne commune

Astropecten irregularis | (Pennant, 1777)

N° 884

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord, Méditerranée

Clé d'identification

Petite étoile-peigne, 20 cm d'envergure maximum
Face dorsale jaune orangé à brune, parfois mouchetée de brun-noir
Etoile aplatie, disque central parfois légèrement bombé
Tache rose violacée à l'extrémité de chaque bras
Présence (Manche-Atlantique) ou absence (Méditerranée) de piquants sur les plaques supramarginales

Noms

Autres noms communs français

Etoile à peignes

Noms communs internationaux

Spiny comb-star, sand star (GB), Nordischer Kammstern, Dorniger Kammstern (D), Kleine kamster (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Asterias pentacantha Delle Chiaje, 1827
Astropecten muelleri Müller & Troschel, 1844
Astropecten acicularis Norman, 1865

Distribution géographique

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

La distribution d'Astropecten irregularis s'étend sur l'ensemble du littoral européen, depuis la Norvège jusqu'au Maroc, et dans l'ensemble du bassin méditerranéen.

Biotope

Cette espèce affectionne quasi exclusivement les fonds sableux, les herbiers de posidonies et de zostères, depuis la surface jusqu'à une centaine de mètres de profondeur. Des dragages témoignent de sa présence (rare) jusqu'à 1000 mètres. Enfouie le jour, elle s'extirpe du sable dès la tombée de la nuit pour chasser. C'est donc principalement la nuit et sur fond sableux qu'il faudra plonger si on veut avoir une chance d'observer cette espèce !

Description

Astropecten irregularis est une petite étoile-peigne dont l'envergure varie entre 10 et 15 centimètres (20 cm maximum).
La face dorsale, aplatie (parfois légèrement bombée) et percée d'une unique plaque madréporique excentrée, est parsemée d'une multitude de petites pièces squelettiques appelées paxilles* dont la couleur varie du brun au jaune orangé. La face dorsale, parfois mouchetée de brun-noir, est de plus totalement dépourvue de pédicellaires*. A l'extrémité des bras, on observe une tache rose violacée caractéristique.
Sur le bord supérieur des bras, et sur toute la périphérie de l'étoile, on observe une rangée de plaques, dites supramarginales (car situées au dessus du bord de l'étoile). Elles sont granuleuses, et habituellement dépourvues d'épines pour les individus méditerranéens, ou porteuses d'une ou de 3-4 épines pour les individus de Manche-Atlantique**. Sur le bord inférieur des bras, on observe une autre rangée de plaques, dites inframarginales (car situées en dessous du bord de l'étoile). Elles portent une triple rangée d'épines rigides et pointues dirigées vers le bas, et leur disposition alignée évoque un peigne. Ces piquants sont blancs et mesurent environ un centimètre. La face ventrale et les pieds ambulacraires, dépourvus de ventouses, sont jaunâtres.
Il est très rare d'observer une étoile-peigne commune avec un nombre de bras différent de 5.

**Dans la littérature naturaliste, on dénombre trois sous-espèces, basées sur la présence, l'absence et le nombre de piquants sur les plaques supramarginales. Cette variété de formes a valu à cette espèce son nom d'irregularis, seul valide aujourd'hui :

  • Astropecten irregularis pentacanthus : totalement dépourvue de piquants sur les plaques supramarginales (Méditerranée),
  • Astropecten irregularis irregularis = Astropecten irregularis typicus : les plaques supramarginales portent une petite épine conique, sauf, parfois, à l'aisselle des bras (Manche-Atlantique),
  • Astropecten irregularis serratus : les plaques supramarginales portent 3 ou 4 piquants irréguliers, dont le profil est en dents de scie (Manche-Atlantique).
Aujourd'hui, ces trois sous-espèces sont considérées comme de simples variétés de la même espèce.

Espèces ressemblantes

En Manche-Atlantique, la confusion est impossible. En Méditerranée, il existe 5 autres espèces du genre Astropecten.
Elles diffèrent par la disposition de leurs piquants et par leur taille. Citons:

Astropecten aranciacus (grande étoile-peigne) : comme son nom scientifique l'indique, elle arbore toujours une couleur rouge orangé. Sa taille atteint parfois les 60 centimètres, ce qui en fait la plus grande espèce du genre ;

Astropecten bispinosus (étoile-peigne hérissée) : les bras sont plus effilés, le disque central est étroit et le long des bras les piquants sont érigés vers le haut. La face latérale des plaques marginales est nue ;

Astropecten jonstoni (étoile-peigne de Johnston) : les cinq bras sont parfaitement triangulaires. Le disque central est large. Couleur grise parfois bleutée, les plaques supramarginales forment un contour bleu-vert net. La base des piquants est annelée d'orange. La taille ne dépasse pas les 8 centimètres ;

Astropecten platyacanthus (étoile-peigne à piquants plats) : espèce jumelle de A. bispinosus. Les bras sont plus effilés, le disque central est étroit, une rangée de piquants érigés vers le haut, une autre rangée de piquants souvent rabattus le long des bras. La face latérale des plaques marginales est hérissée de courtes et fortes épines ;

Astropecten spinulosus (petite étoile-peigne) : comme son nom vernaculaire l'indique, sa taille dépasse rarement les 8 centimètres. Elle arbore toujours une couleur brun chocolat. C'est en outre la seule espèce du genre à posséder de vrais podia terminés en ventouse.

Alimentation

Prédateur vorace, l'étoile-peigne a un régime carnivore. Elle se nourrit de gastéropodes, de bivalves, de vers, d'ophiures et d'oursins des sables (Echinocardium) dont elle est très friande.
Grâce à ses pieds ambulacraires, elle parvient à déceler la présence des proies enfouies et est capable de les extirper de leur cachette. Elle creuse alors le sable en le rejetant latéralement. Les petits organismes (vers, gastéropodes) sont piégés par les bras de l'étoile puis acheminés vers la bouche par les podia. Quand les proies sont plus volumineuses (bivalves, oursins), elle dévagine son estomac afin de déverser des enzymes digestives et elle n'a plus qu'à aspirer le contenu de sa victime, préalablement liquéfié.

Reproduction - Multiplication

La reproduction est sexuée. Elle fait intervenir des gamètes* des deux sexes. Les étoiles se redressent alors sur leurs bras et émettent en pleine eau des nuages de semence. La fécondation donne une larve dite dipleurula, qui rejoint la microfaune du plancton. Après quelques semaines, la larve subit une métamorphose. Alors que la grande majorité des larves d'Astérides passent par deux stades larvaires supplémentaires, dits bipinnaria puis brachiolaria, les étoiles du genre Astropecten n'ont pas de phase brachiolaria, ce qui est un caractère primitif du groupe. La larve bipinnaria tombe sur le fond et se transforme directement en une minuscule étoile-peigne, qui ne tardera pas à s'enfouir.

Les étoiles-peigne ont par ailleurs la capacité de régénérer efficacement tout ou partie d'un membre abîmé ou amputé.

Vie associée

Un petit polychète, Acholoe astericola, est parfois trouvé parmi les podia d'Astropecten irregularis.

Divers biologie

Les taches rose violacé que l'on observe à l'extrémité des bras correspondent à des ocelles photosensibles, sortes d'yeux simples.

Le déplacement de l'étoile-peigne commune peut être rapide. Elle est parfois capable de grimper sur les plantes.

Elle est capable de s'enfouir et de sortir du sable très rapidement.

On observe parfois un gonflement de la partie supérieure de l'étoile (voir la dernière photo de cette fiche). Voici l'interprétation de Nadia Améziane, spécialiste des Echinodermes au MNHN :
"Ce gonflement de la partie supérieure d'Astropecten irregularis reste une énigme. Une grande plasticité des comportements existe chez les astéries et hélas nous en connaissons très peu la signification. Chez certaines étoiles de mer il a été décrit comme un "cône anal". Cette astérie qui a la capacité de s'enfouir dans le sédiment, peut projeter un cône charnu vers le haut au travers du sédiment de manière à pouvoir émettre ses fécès, faire des échanges gazeux comme dans le cas des papules de certaines astéries. Quelques Astropectinidés dévorent également des proies dont les squelettes sont durs ce qui entraîne une dilatation du squelette abactinal de l'étoile. Ainsi il est possible que ce soit quelque-chose dans la bouche (qui se trouve à l'opposé de ce cône) qui déforme le squelette de l'astérie. Dans le cas de cette prise de vue (dernière photo de cette fiche), le cône de l'individu a disparu suite à son éclairage par le plongeur. Ce cône pourrait donc être une extension de l'étoile pour percevoir la lumière, qui comme c'est la nuit, ne peut rien recevoir et tente donc de remonter plus haut à l'aide ce cône afin d'avoir cette information. Une structure analogue a cependant été observée chez des espèces récoltées à plus de 1000 m (la lumière n'intervient pas à ces profondeurs). Ce phénomène pourrait enfin être lié à un comportement lors de la reproduction et l'émission de gamètes.

Vos observations vont peut être nous permettre d'avancer dans la compréhension de cette structure. Voici quelques pistes quand vous avez la chance d'observer l'animal in situ : il faudrait noter si ce "cône" s'observe lorsque l'animal est enfoui (si oui, réagit-il systématiquement à la lumière), ce "cône" est-il "dévaginé" lorsque l'animal est sur un substrat plus dur, l'animal est-il seul durant ces périodes (sinon, les autres ont-ils également un "cône"). Il faudrait noter les fréquences (nombre d'observations de nuit, de jour, sur quel type de substrat, quelle période de l'année, animal seul, nombre d'individus, etc...). Il faudrait vérifier si il y a quelquefois expulsion de matière diluée dans l'eau (tout cela bien-sûr sans perturber l'animal). Avec ce type d'observations, nous pourrons peut-être dire si il s'agit d'un phénomène lié à l'émission de gamètes (ce qui impliquerait qu'il y ait plusieurs animaux dans la zone et vérifier que cela se produit pendant la période de reproduction), ou bien lié à la lumière, ou encore lié à l'enfouissement, ou bien lié à la prédation, ou à des échanges gazeux, etc. Il est de plus fortement possible que cela soit une combinaison de facteurs."

Un grand merci à Nadia pour ses suggestions quant au comportement de cette étoile-peigne.

Informations complémentaires

Les étoiles-peigne sont fréquemment vendues séchées dans les boutiques pour touristes !

Après une tempête, on peut en retrouver dans la laisse de mer.

Origine des noms

Origine du nom français

Etoile-peigne commune : "étoile-peigne" est la traduction directe de Astropecten, commune car c'est l'unique espèce du genre Astropecten que l'on pourra rencontrer sur l'ensemble de notre littoral.

Origine du nom scientifique

Astropecten : du grec [aster] = étoile, et du latin [pecten] = peigne, les rangées de piquants alignés évoquant des peignes,
irregularis : du latin [irregularis] = irrégulier, à cause de l'aspect variable des plaques supramarginales qui peuvent porter ou non des piquants et ceci en nombre variable. Cette irrégularité a incité Koehler à créer, en 1921, 3 sous-espèces différentes (voir paragraphe Description).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Asterozoa Astérozoaires Echinodermes de forme étoilée. Les bras, simples et parfois absents, sont en nombre variable, et contiennent des organes.
Classe Asteroidea Astérides Organismes en forme d’étoile, libres. 5 à 50 bras, squelette réduit, estomac dévaginable. Ce sont les étoiles de mer.
Ordre Paxillosida Paxillosides Face dorsale recouverte de paxilles*.
Famille Astropectinidae Astropectinidés Ce sont les étoiles peigne, dont les bras sont bordés de piquants rigides.
Genre Astropecten
Espèce irregularis

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