Aplidium glabre

Aplidium glabrum | (Verrill, 1871)

N° 3334

Atlantique Nord, Pacifique Nord, Arctique, (Méditerranée ?)

Clé d'identification

Forme de coussinet plus ou moins aplati unique ou multiple
Base légèrement resserrée (rare court pédoncule)
Zoïdes disséminés dans une tunique épaisse et translucide
Tunique de couleur grisâtre, bleuâtre ou jaunâtre
Zoïdes jaunes et orange visibles par transparence sur colonie émergée
Peut "couler" sous les surplombs à marée basse

Noms

Noms communs internationaux

glanzende bolzakpijp (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Amaroucium glabrum Verrill, 1871
Circinalium pachydermatinum Jacobson, 1892
Synoicum pachydermatinum (Jacobson, 1892)
Aplidium flavum Huitfeld-Kaas, 1896
Amaroucium translucidum Ritter, 1901 (voir ci-dessous)
Aplidium translucidum (Ritter, 1901) (considérée comme une espèce valide par certains auteurs)
Amaroucium vinogradovae Beniaminson, 1974

Distribution géographique

Atlantique Nord, Pacifique Nord, Arctique, (Méditerranée ?)

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest

L'aplidium glabre est une espèce nordique originaire des régions situées autour de l'océan Arctique (Groenland, Islande, Spitzberg, mer Blanche et océan Arctique sibérien). Cette ascidie coloniale est aujourd'hui présente dans le nord de l'océan Atlantique et Pacifique, dans les deux cas sur les côtes est et ouest. En Europe, les principales observations sont faites autour des îles Britanniques jusqu'en Bretagne en France. Sa limite sud de répartition en Europe est fort peu documentée, les observations du bassin d'Arcachon et celles de l'étang de Thau restent à valider scientifiquement. Sa limite sud en Atlantique Ouest semble être le Cap Cod dans le Massachusetts (Boston), elle est commune en Nouvelle-Angleterre et en baie de Fundy. Sa présence à Saint-Pierre-et-Miquelon est très probable, elle a été observée avec certitude au sud de l’île de Terre-Neuve (Newfoundland en anglais).

Biotope

Aplidium glabrum est principalement observée dans les éboulis de pierres et sur les fonds rocheux, mais aussi sur des petits cailloux ou des débris coquilliers sur des fonds sableux ou vaseux. Ceci du bas de l'estran* à près de 400 mètres de profondeur. Cette ascidie semble surtout fréquente au delà des 150 mètres sur les côtes de Nouvelle-Angleterre (Atlantique Nord-Ouest).

Description

L'ascidie coloniale Aplidium glabrum se présente sous la forme de coussinets arrondis ou aplatis. Le bord des coussinets se termine de façon abrupte. Leur base est légèrement rétrécie, souvent incrustée de sable, et prenant parfois l'aspect d'un très court pédoncule*. Chaque colonie, de taille (moins de 10 cm) et de forme très variables, peut former un ou plusieurs lobes. Les petits lobes sont constitués de zoïdes* placés irrégulièrement au sein d'un seul système autour d'une ouverture cloacale commune. Les plus grands lobes réunissent plusieurs systèmes du même type qui sont plus ou moins bien séparés par des zones sans zoïdes. L'épaisseur des petits ou grands coussinets est de l'ordre de 1 à 2 cm. Les différents lobes d'une même colonie sont unis par une base commune rarement visible.
La tunique, épaisse et de consistance moyennement ferme, occupe une bonne part de la surface, ainsi les zoïdes y sont quelque peu distants les uns des autres. La couleur de la tunique peut être grisâtre, bleuâtre, jaunâtre voire orangé clair. La tunique est partiellement transparente, ce qui permet d'apercevoir les zoïdes bicolores jaunes et orange au travers, en particulier sur les colonies contractées et émergées sur l'estran. Ces colonies hors de l'eau montrent une surface très lisse. Les colonies implantées sur les surplombs de l'estran peuvent "couler" sous le poids de la gravité à marée basse. Les colonies en activité de filtration sous l'eau présentent un aspect plus clair et vaporeux du fait de la présence de l’épaisse tunique translucide.

Espèces ressemblantes

La confusion avec une éponge est possible, en particulier pour les colonies émergées sur l'estran.

Aplidium constellatum (Verrill, 1871) présente une anatomie zoïdale très proche (observation microscopique).

Alimentation

Ces animaux sont des filtreurs* microphages* actifs. Les ascidies créent un courant d'eau (rentrant par les petits orifices inhalants individuels) grâce au mouvement des cils du pharynx pour attraper les particules en suspension (organismes suspensivores*). Ce courant est aussi utilisé pour les échanges gazeux. Les particules sortent par le siphon exhalant.

Reproduction - Multiplication

La reproduction des ascidies coloniales présente une alternance de cycles sexués et asexués. Elles sont hermaphrodites*, la fécondation est interne et le développement indirect.
- Reproduction sexuée : les gonades* se trouvent dans le post abdomen où a lieu la fécondation. La (ou les ?) larve* est incubée dans la cavité cloacale avant d'être libérée.
- Reproduction asexuée : la formation de la colonie peut commencer par bourgeonnement à partir de l’individu souche après fixation et métamorphose de la larve. Les coulures observées sur les colonies émergées pourraient représenter une autre forme de dissémination de l'espèce (observation personnelle de l'auteur de la fiche non décrite dans la littérature).

Vie associée

Aplidium glabrum est souvent associé avec d'autres ascidies dans les zones les plus au nord, en particulier avec Ascidia obliqua, Ascidia callosa et Didemnum albidum ; trois espèces nordiques absentes des côtes françaises métropolitaines.

De nombreux petits copépodes endoparasites* ou exoparasites* sont associés à cette ascidie coloniale.

En Atlantique Nord-Ouest et Pacifique Est, l'oursin vert Strongylocentrotus droebachiensis se nourrit en partie d'Aplidium glabrum.

Divers biologie

Description microscopique :
Les zoïdes sont allongés et d'assez grande taille (15 mm de long en moyenne).
La languette cloacale est bien développée, avec souvent deux petites extensions latérales, le siphon inhalant possède 6 lobes.
Le sac branchial possède 10 à 12 rangées composées chacune de 16 à 18 trémas* (stigmates*).
L'estomac cylindrique de couleur orange vif porte le plus souvent de 12 à 15 côtes longitudinales.
L'anatomie de la larve de cette espèce n'a pas été décrite, ce qui en complique l’identification.

Informations complémentaires

Une molécule (3-Demethylubiquinone Q2) à la propriété anti-cancéreuse a été extraite d'Aplidium glabrum.

Origine des noms

Origine du nom français

Aplidium glabre est la traduction en français du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Aplidium : de [apl-] racine grecque signifiant simple (cf. Aplousobranches par exemple), les plus simples des polyclinidés selon Savigny (auteur du genre).

glabrum : signifie en latin : lisse, nu, sans poil. Probablement en référence à l'aspect très lisse de la surface des colonies sorties de l'eau (émergées sur l'estran).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires).
Classe Ascidiacea Ascidies / Ascidiacés Tuniciers fixés. Solitaires ou coloniaux (seuls capables de bourgeonnement). Chorde uniquement au stade larvaire. Siphon inhalant au sommet, proche du siphon exhalant latéral. Souvent en eau peu profonde.
Ordre Aplousobranchia Aplousobranches Ascidies coloniales.
Famille Polyclinidae Polyclinidés Aplousobranches avec thorax, abdomen et post abdomen (où se trouvent les gonades et le cœur). Tunique sans incrustation calcaire.
Genre Aplidium
Espèce glabrum

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