Labre constellé

Anampses caeruleopunctatus | Rüppell, 1829

N° 3079

Mer Rouge et Indo-Pacifique tropical et subtropical

Clé d'identification

Taille maximum documentée 42 cm
Mâle bleu à vert olive avec, le plus souvent, une barre verticale plus claire derrière les pectorales
Tous les mâles : lèvres bleues et barre bleue entre les yeux
Écailles avec une ligne verticale bleue ou verte à bords foncés chez les mâles
Femelles brun rouge avec des lignes horizontales de points bleus cerclés de noir sur le corps
Nombreuses lignes bleues bordées de noir de taille et de forme variables sur la tête chez les femelles

Noms

Autres noms communs français

Labre bleu, pintade (Maurice), Tamarin (Seychelles)

Noms communs internationaux

Cuvier’s tamarin, Cuvier’s wrasse, pearl wrasse, spotted wrasse fish, bluespotted wrasse, bluespotted tamarin, diamond wrasse, spotted chisel-tooth wrasse, spotted rare wasse (GB), Bodião pintalgado (P), N'tsime (Comores), Blougespikkelde tamarin (Afrique du Sud), Keling batik (Indonesie), Labayan, mul-mul, bugok, tamago, lubayan, bankilan, bungat, dulas, isdang bato, mameng, banog, danlugan, pirat-pirat, pilo-pilo (Philippines), Gaaguluug (Micronésie) Udoudungelel (Palau), Po'ou (Tahiti)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Anampses diadematus Rüppell, 1835
Anampses lineolatus
Bennett, 1836
Anampses chlorostigma
Valenciennes, 1840
Anampses viridis
Valenciennes, 1840
Anampses rubroviridis
Liénard, 1891
Anampses taeniatus
Liénard, 1891
Anampses pulcher
Regan, 1913
Anampses tinkhami
Fowler, 1946

Distribution géographique

Mer Rouge et Indo-Pacifique tropical et subtropical

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Le labre constellé peut être rencontré en mer Rouge, dans l’océan Indien et dans les zones tropicales et subtropicales de l’océan Pacifique.
Dans l’océan Indien, on le trouve depuis les côtes est et sud de l’Afrique jusqu'à l’Australie, en passant par les Comores, Madagascar, les Seychelles et les Mascareignes.
Dans le Pacifique, il est présent d’ouest en est de l’Indonésie à l’île de Pâques et, du nord au sud, du sud du Japon aux îles Kermadec. Cependant, il n’est pas signalé à Hawaï, où il est « remplacé » par Anampses cuvier.

Biotope

Cette espèce privilégie les zones de mode battu des lagons et des côtes rocheuses, mais on peut la trouver dans des zones plus calmes. Elle se rencontre de 1 à 30 m.

Description

Le corps est ovale avec un dos élevé et un arc ventral prononcé. Il est modérément comprimé latéralement. Sa hauteur (distance entre la base du troisième rayon dur de la dorsale et la base du premier rayon des pelviennes) entre environ de 2,3 à 3 fois dans sa longueur standard (longueur sans la queue). La taille maximale documentée est de 42 cm. L’espèce est dimorphique* (les mâles sont plus grands que les femelles et leur corps est plus haut) et dichromatique* (mâles et femelles sont de couleurs différentes).

Mâle : la couleur dominante est bleue ou vert olive. Chez la plupart des individus, une large barre de teinte plus claire marque les flancs du sixième rayon dur de la nageoire dorsale à la partie abdominale en passant derrière les pectorales ; elle peut être plus courte chez certains individus. Les écailles portent une ligne verticale au tracé irrégulier bleue ou verte à bords foncés, sauf sur la tête (qui ne porte pas d’écailles) et dans la partie abdominale, où ces lignes peuvent être obliques ou verticales. A proximité immédiate de la nageoire dorsale, ces lignes sont le plus souvent réduites à un point suivi de tirets obliques.
La tête est massive. Elle porte de fines lignes bleues de taille et d’orientation diverses, souvent peu distinctes. Une large bande bleue marque l’espace interorbital antérieur. Cette bande peut être bordée de noir. La bouche est terminale et de petite taille. Les lèvres sont bleu vif.
Les nageoires dorsale et anale ont une base et une large bande marginale bleu turquoise encadrant une zone rose saumon. Au milieu de cette zone, se trouvent une ligne de tirets obliques bleus sur la dorsale et une ou deux bandes bleues sur l’anale.
La caudale alterne les mêmes couleurs, les rayons extérieurs étant bleus ; elle est tronquée à légèrement arrondie. Les pectorales ont une base foncée à noire à liseré bleu. Les deux premiers rayons sont bleus sur la plus grande partie de leur longueur, cette couleur régressant rapidement vers la base pour les suivants. Les pelviennes alternent le bleu et le rose.

Femelle : la couleur dominante est brun rouge plus ou moins foncé à olivâtre, avec la zone abdominale tirant vers l’orange et l’extrémité postérieure du pédoncule* caudal souvent jaunâtre. Chaque écaille est marquée d’une tache bleue cerclée de noir de l’arrière de la tête au pédoncule caudal, ces marques formant des lignes horizontales de points bleus sur le corps. De nombreuses lignes bleues bordées de noir, de taille et de forme variables, sont présentes sur la tête, les plus longues rayonnant autour de l’œil.
Les nageoires dorsale et anale sont brun rouge avec un liseré bleu et une ligne sub-marginale noire. Chacune porte une ligne pointillée de tirets bleus à sa base et deux ou trois séries de taches rondes bleues cerclées de noir en son milieu.
La nageoire caudale, légèrement arrondie, est brun foncé et porte quelques taches bleues cerclées de noir. Une petite barre orange à liseré noir marque la partie antérieure de la base des nageoires pectorales, leur partie postérieure étant noire à liseré bleu. Les pelviennes sont ocre rouge, le premier rayon étant bleu.

La livrée des juvéniles est décrite dans la section Reproduction.

Espèces ressemblantes

Le mâle peut être confondu avec ceux d’autres espèces appartenant à son genre, aux différences suivantes près :

  • Anampses cuvier : un réseau très dense de lignes violacées marque la tête à l’exception du front. On ne le trouve que dans le Pacifique : dans l'archipel d'Hawaii et l'atoll de Midway.
  • Anampses femininus : de larges barres bleues sinuent horizontalement sur la tête et il est souvent teinté de jaune sur le dos ou les flancs. Il est présent dans l’océan Pacifique.
  • Anampses geographicus : un réseau dense de lignes bleues marque la tête et les écailles sont marquées de courts tirets verticaux, qui deviennent des taches rondes en partie postérieure du corps. On le trouve dans les océans Indien et Pacifique.
  • Anampses meleagrides : la couleur de fond est brune et une bande bleu électrique dessinant une fourche est visible sur la nageoire caudale. Cette espèce est présente en mer Rouge et dans le domaine indo-Pacifique.

La femelle peut être confondue avec celle d’autres espèces appartenant à son genre, aux différences suivantes près :

  • Anampses cuvier : sa nageoire caudale est blanche en partie antérieure et rouge en partie postérieure. De plus, elle présente une multitude de très petits points blancs sur la face et le dos, et des taches rondes et blanches de la taille de celles que présente la femelle A. caeruleopunctatus sur les flancs. On ne la trouve qu’à Hawaï et dans les îles Midway.
  • Anampses lineatus : la femelle est généralement marquée de lignes blanches horizontales, mais ces dernières peuvent prendre l’aspect de taches rondes séparées. Dans l’une et l’autre forme, des taches blanches ornent la tête, la nageoire caudale est blanche en partie antérieure et noire en partie postérieure. On trouve cette espèce en mer Rouge et dans le domaine indo-Pacifique.
  • Anampses melanurus : des taches blanches ornent la tête, la nageoire caudale est jaune en partie antérieure et noire en partie postérieure. On trouve cette espèce dans l’océan Pacifique.

Alimentation

Anampses caeruleopunctatus se nourrit de crustacés, de mollusques et de vers polychètes.

Reproduction - Multiplication

La reproduction provoque la constitution de harems, dans un territoire donné sur lequel les mâles patrouillent. La bande bleue interorbitale, les lèvres et la barre claire présente derrière les pectorales sont alors d’une couleur plus vive qu’à l’accoutumée. Ils déploient parfois leur nageoire caudale durant les patrouilles. Ils tournent au-dessus des femelles pour leur indiquer leur disponibilité à l’accouplement, mais ce sont les femelles qui décident du moment opportun. L’émission des gamètes* se fait de façon synchrone à l’apex* d’une montée très rapide dans la colonne d’eau. Des pontes ont été observées en début d’été, après la marée haute.

Le dimorphisme* sexuel est établi dans cette espèce. En revanche, l’hermaphrodisme* protogyne* ne l'est pas mais est considéré comme probable. Cependant, dans la mesure où des livrées intermédiaires entre celle des femelles et celle des mâles sont observables sur le terrain, de même que des intermédiaires entre juvéniles et femelles exclusivement, il est légitime de penser que l’espèce est bien hermaphrodite* protogyne*, comme de nombreuses autres espèces de labres. La livrée de la femelle marquerait donc une phase initiale, et celle du mâle une phase terminale.

Juvéniles : la couleur dominante des juvéniles est d’abord vert céladon très pâle avec quelques groupes d’écailles plus foncées, notamment sous les yeux, et quelques taches blanches éparses sur les flancs.
Puis la couleur de fond passe au vert jaunissant ou au beige clair et des zones vert olive plus foncées apparaissent sur le corps et les nageoires. Des lignes horizontales de tirets blancs apparaissent discrètement sur les flancs. Les nageoires impaires présentent une bande marginale brun clair à liseré blanc et la dorsale porte une marque noirâtre diffuse entre les quatrième et cinquième rayons durs.
La couleur dominante passe ensuite au gris pâle, des rangées d’écailles noirâtres apparaissent entre les lignes de tirets blancs, la nageoire anale et l’extrémité postérieure de la dorsale deviennent brun rouge.
L’étape suivante montre un désordre de très nombreux points et tirets blancs mal alignés sur fond brun rouge, avec des taches blanches mieux organisées sur la tête et sur les nageoires dorsale et anale.
La livrée de la très jeune femelle (livrée initiale) présentera le même patron que la femelle adulte à l’exception de la tête, qui portera un certain temps des taches rondes cerclées de noir en place des lignes bleues de son aînée.

Divers biologie

Le genre est caractérisé par un aspect singulier de sa dentition : les deux paires de canines situées en avant des mâchoires sont dirigées vers l’avant et recourbées, mais elles le sont vers le haut pour la mâchoire supérieure, et vers le bas pour l’inférieure. Elles se touchent au niveau de leurs parties convexes quand la bouche est fermée, ce qui est probablement destiné au broyage de la carapace des crustacés, qui sont la nourriture principale de ces espèces. Les autres dents sont minuscules, le travail de trituration des proies étant assuré par des dents pharyngiennes*.

Les juvéniles ont un comportement particulier pour assurer leur protection : en cas de stress, ils se laissent emporter par le courant en position oblique en faisant onduler leur corps, la tête fréquemment orientée vers le substrat et leurs larges nageoires impaires déployées, de façon à ressembler à un débris d’algue pris par le courant. Leur couleur verte ou beige favorise la confusion. Contrairement aux adultes qui peuvent fréquenter à l’occasion des zones calmes, on ne trouve les juvéniles qu’en mode battu, ce qui est peut-être nécessité par cette technique de camouflage.

On peut observer cette espèce en groupes ou par paires, mais on trouve aussi des individus isolés.

L’espèce est diurne et se cache dans le sable la nuit. Ce comportement est aussi observable de jour, pour se cacher à l’approche d’un prédateur.

La nageoire dorsale comprend 9 rayons durs et de 11 à 13 rayons mous, la nageoire anale comprend 3 rayons durs et de 11 à 13 rayons mous. La ligne latérale* comprend 27 écailles. Elle est continue et bifurque vers l’axe médian du corps au niveau du sixième rayon mou de la dorsale.

Informations complémentaires

Le dichromatisme* sexuel chez les poissons n’est bien connu que depuis la seconde moitié du XXe siècle, ce pourquoi les mâles et les femelles d’une même espèce dichromatique ont souvent été décrits comme deux espèces distinctes auparavant. C’est le cas d’Anampses caeruleopunctatus, décrit par Rüppell en 1829 d’après une femelle (comme le confirme s’il en était besoin le dessin dédié de la planche suivant la description), le même auteur décrivant le mâle en 1835 sous le nom d’Anampses diadematus. Le mâle a encore été décrit par Benett en 1836 sous le nom d’Anampses lineolatus, et la description d’Anampses chlorostigma par Valenciennes, publiée en 1840, le concerne aussi. Quant à la femelle, elle a été décrite sous les noms d’Anampses pulcher par Reagan en 1913 et d’A. thinkhami par Fowler en 1946. Enfin, il a fallu attendre 2013 pour qu’Anampses viridis soit considéré comme la phase terminale (mâle) d’A. caeruleopunctatus et placé dans la synonymie du taxon.

Origine des noms

Origine du nom français

Labre : le mot vient du nom scientifique de la famille des Labridés. Ce nom de famille est issu du mot latin [labrum], qui signifie lèvre, en référence aux lèvres généralement charnues des poissons de ce groupe, et probablement aussi à leur voracité bien connue.

constellé : le mot latin [constellatus] signifie « situé dans la même constellation », [stella] se traduisant par étoile. Ce terme renvoie aux lignes horizontales d’ocelles bleus présents sur le corps de la femelle, qui peuvent évoquer un groupement d’étoiles, autrement dit une constellation.

Origine du nom scientifique

Anampses : ce nom est dérivé du verbe grec [anakámpto], signifiant recourber, se recourber. Il est proposé par Valenciennes, qui dit l’avoir choisi à cause de la dentition très particulière de ces labres, incluant deux canines recourbées vers le haut sur la mâchoire supérieure et deux canines recourbées vers le bas sur la mâchoire inférieure. Il est d’abord repris par Cuvier dans la seconde édition du Règne animal (Tome II p. 259) pour isoler un sous-genre voisin des girelles, puis par Quoy et Gaimard, descripteurs du genre en 1824.
L’espèce-type* est Anampses cuvier, ainsi nommée en l’honneur du grand naturaliste français et de son travail sur ce groupe.
Le genre contient actuellement 13 espèces acceptées.

caeruleopunctatus : ce mot est composé des deux termes latins, [caeruleus] qui signifie bleu foncé et [punctum] qui se traduit par « formant un point ». Il signifie donc « ponctué de bleu » et décrit la livrée de la femelle, d’après laquelle l’espèce a été décrite.
La localité du type se trouve en mer Rouge. La description de Cuvier en 1839 se base sur un spécimen rapporté de l’île Maurice (alors Isle-de-France).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Acanthopterygii Acanthoptérygiens Rayons épineux aux nageoires, écailles cycloïdes ou cténoïdes, présence d'une vessie gazeuse et pelviennes thoraciques ou jugulaires, sans être systématiquement présents, sont des caractères que l'on ne rencontre que chez les Acanthoptérygiens.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Sous-ordre Labroidei Labroïdes Une seule dorsale, dents molariformes formant un puissant appareil masticatoire.
Famille Labridae Labridés Lèvres épaisses.
Genre Anampses
Espèce caeruleopunctatus

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