Raie aigle tachetée

Aetobatus ocellatus | (Kuhl, 1823)

N° 4771

Indo-Pacifique, mer Rouge

Clé d'identification

Corps en forme de losange
Taches blanches sur un manteau foncé
Queue longue et effilée
Tête aplatie
Museau triangulaire

Noms

Autres noms communs français

Aigle de mer léopard, aigle de mer tacheté, raie léopard, raie tachetée, raie chauve-souris

Noms communs internationaux

Ocellated eagle ray, bonnet skate, eagle ray, flying ray, sharpwing eagle ray, spotted duckbill ray, spotted eagle ray, winter skate (GB), Chucho pintado (E)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Raja tajara Forsskål, 1775
Raja tajara hörraeka
Forsskål, 1775
Raja mula
Forsskål, 1775
Myliobatus ocellatus
Kuhl, 1823
Aetomylaeus ocellatus
(Kuhl, 1823)
Myliobatis ocellatus
Kuhl, 1823
Stoasodon ocellatus
(Kuhl, 1823)
Raja quinqueaculeata
Quoy & Gaimard, 1824
Myliobatis eeltenkee Rüppell, 1837
Myliobatis macroptera McClelland, 1841
Raja edentula
Forster, 1844
Goniobatis meleagris Agassiz, 1858
Myliobatis punctatus Miklukho-Maclay & Macleay, 1886
Aetobatus punctatus
(Miklukho-Maclay & Macleay, 1886)
Pteromylaeus punctatus (Miklukho-Maclay & Macleay, 1886)

Distribution géographique

Indo-Pacifique, mer Rouge

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Aetobatus ocellatus est présente en mer Rouge, dans l'océan Indien, dans l'océan Pacifique tropical jusqu’aux côtes américaines, et du sud du Japon à la Nouvelle-Calédonie.

Biotope

On peut rencontrer cette raie en pleine eau, depuis la surface jusqu'à 80 m de profondeur, au-dessus des zones sableuses, des herbiers ou des récifs. Elle peut quitter le récif pour parcourir de longues distances, mais reste fidèle à une formation récifale dans laquelle elle retourne.

Description

Le corps et les nageoires pectorales de cette grande raie forment un losange environ 1,8 fois plus large que long. On observe couramment des individus dont la largeur du disque est d'environ 1,5 m. La taille maximale observée est de 3,3 m.

Le dos est gris à brun plus ou moins foncé et parsemé de taches blanches. Les taches ont des tailles similaires, légèrement plus petites au bord du disque, et sont régulièrement espacées. Chez certains spécimens, les taches sont ocellées, le centre foncé est cerclé de blanc. Chez d'autres les taches blanches côtoient les ocelles.
La tête est aplatie vers l'avant, le museau long, plat et arrondi est en forme de bec de canard.
La face ventrale est blanche, conférant ainsi une coloration contrastée caractéristique. De larges narines y sont situées de chaque côté de la bouche et cinq fentes branchiales sont disposées de part et d'autre de la tête.
La queue longue et fine mesure environ 2,2 fois la largeur du disque. Elle est équipée de deux à six aiguillons venimeux positionnés juste derrière une petite nageoire dorsale. Un court aileron dorsal est situé à la base de la queue, la nageoire caudale est absente, les nageoires pelviennes sont arrondies.
Cette raie se déplace grâce aux mouvements amples des ailes pectorales. Elle nage avec beaucoup de grâce, donnant l'impression de voler sous l'eau.

Espèces ressemblantes

Aetobatus ocellatus a été longtemps identifiée comme Aetobatus narinari, mais des études récentes ont montré qu’il s’agissait en fait de 2 espèces distinctes. A. ocellatus fréquente la zone Indo-Pacifique et l'océan Pacifique tropical, alors que A. narinari fréquente les eaux chaudes de l'Atlantique.

Les différences morphologiques entre ces deux espèces sont ténues. Selon des études effectuées en 2010, les observations basées sur la comparaison de 11 individus d'A. ocellatus et 5 d'A. narinari suggèrent que la coloration de base du dos diffèrerait selon l'espèce : A. ocellatus a une coloration foncée verdâtre, grisâtre voire noirâtre avec parfois une nuance rosâtre, alors que A. narinari présente une coloration plus claire, jaunâtre, brun fauve. Par ailleurs, la longueur de la queue serait légèrement supérieure chez A. ocellatus que chez A. narinari.

Il existe deux autres espèces appartenant au genre Aetobatus et fréquentant la même zone géographique. Elles ont la forme et la tête caractéristique d'A. ocellatus, mais ne possèdent pas de taches blanches sur la face dorsale. Il s'agit de A. flagellum, que l'on rencontre en mer Rouge et dans l'ouest de l'Indo-Pacifique, et de A. narutobiei présente du sud du Japon à la Chine et au Vietnam.

Alimentation

Cette raie consomme principalement des mollusques, notamment les poulpes, et des crustacés, mais ne dédaigne pas les vers ou les oursins. Les adultes peuvent se nourrir de poissons de taille importante. La bouche en position ventrale est bien adaptée pour se nourrir de proies benthiques* et possède de puissantes dents broyeuses. Cette raie utilise sa tête aplatie pour fouiller le sable et localise les proies à l'aide des organes sensoriels.

Reproduction - Multiplication

La maturité sexuelle des mâles est atteinte vers 4 à 6 ans, la largeur du disque atteignant 1 m à 1,1 m ou 1,3 m selon les publications. Pour les femelles la taille à maturité sexuelle est d'environ 1,5 m. En période de reproduction, les individus se regroupent au-dessus de vastes étendues sableuses. La femelle est souvent poursuivie par un ou plusieurs mâles et peut s'accoupler avec 3 ou 4 mâles en une heure. Les mâles s'agrippent avec leurs dents au dos de la femelle. L'un d'eux saisit le bord de sa nageoire pectorale et la retourne. Chez les requins et les raies, les mâles sont pourvus de deux organes copulateurs, appelés ptérygopodes*, qui sont constitués à partir des deux nageoires pelviennes enroulées. La copulation s'effectue ventre à ventre et dure peu de temps, environ 1 minute et demi. L'espèce est ovovivipare* (vivipare* aplacentaire*), ce qui signifie que les œufs se développent et éclosent dans le ventre de la femelle. La gestation est de 12 mois. Les embryons se nourrissent du vitellus*, puis reçoivent un supplément de la mère sous forme d'un liquide enrichi de mucus, de graisses ou protéines. A la naissance les petites raies mesurant environ 33 à 36 cm d'envergure sont complètement achevées.

La fécondité de l'espèce est faible, la femelle portant 1 à 4 petits par portée. La durée entre 2 gestations est d'environ 2 à 3 ans.

Des analyses génétiques ont mis en évidence une reproduction par parthénogenèse* (développement d'un individu à partir d'un ovule non fécondé). De telles observations sont rares.

Vie associée

La raie aigle tachetée a pour prédateurs les requins, dont le requin à pointes blanches, Carcharhinus albimarginatus, et le grand requin-marteau, Sphyrna mokarran. Les requins ont également été vus suivant les raies durant la période des naissances, se nourrissant des nouveau-nés.
Elle est parasitée de vers trématodes et d'autres organismes.

Divers biologie

Cette espèce, essentiellement diurne, peut se déplacer très vite et parcourir de grandes distances, voire traverser les bassins océaniques. Elle nage proche de la surface, souvent en groupe de plusieurs individus, jusqu'à plusieurs centaines. Elle est capable de fortes accélérations pour échapper à ses prédateurs, comme le requin-marteau. Elle peut aussi bondir complètement hors de l'eau, peut-être pour se déparasiter. Quand cette raie est attrapée et sortie de l'eau, elle émet des sons graves.

Informations complémentaires

La queue de cette raie comprend 2 à 6 dards venimeux dont elle se sert pour se défendre lorsqu'elle est attaquée. Ces dards possèdent des dents recourbées et des extrémités piquantes. La piqûre est très douloureuse pour les humains et peut infliger de sérieuses blessures.

Sa chair est comestible, le cartilage est utilisé en pharmacie, le foie contient de l'huile riche en omega-3 utilisée notamment pour nourrir des crevettes en élevage, la queue est utilisée comme élément décoratif. S'adaptant bien en captivité, elle est pêchée également pour le commerce aquariophile. Dans les lieux où existent des élevages de mollusques, elle est considérée comme nuisible.

Des études, menées à Moorea en Polynésie française, ont testé les effets de différents sons sur le comportement de ces raies. En particulier les sons dus aux moteurs des bateaux perturberaient les raies lors de leur recherche de nourriture. Cette nuisance peut s'avérer bénéfique à l'aquaculture, ces bruits pouvant être utilisés pour repousser les raies des élevages d'huîtres perlières dont elles sont les principaux prédateurs.

Cette raie abrite de nombreux parasites et des scientifiques se sont intéressés aux moyens utilisés par les raies pour s'en débarrasser. Notamment, A. ocellatus a été observée en Polynésie française, se grattant les ailes et les branchies sur le sable.

Réglementation

L'UICN classe Aetobatus ocellatus, comme "vulnérable" (VU), c'est-à-dire "avec un risque élevé d'extinction". Ce classement se justifient par la faible fécondité de cette espèce et par la pression de pêche qu'elle subit, notamment la pêche côtière peu réglementée dans de nombreuses régions. De plus, sa qualité de bonne nageuse la rend très sensible à la pêche au filet. Elle fréquente les estuaires où la pression de pêche est très élevée et où la pollution est un facteur destructeur de la faune marine en général. Son exportation est interdite aux Maldives.
Pour estimer l'impact de la pêche sur cette espèce et décider d'actions de conservation efficace, il est nécessaire d'acquérir des connaissances supplémentaires sur leur habitat, leur mode de vie et leur biologie.

Origine des noms

Origine du nom français

Raie aigle en référence à sa nage qui évoque celle d'un aigle, tachetée en référence aux nombreuses taches qui parsèment sa face dorsale. De nombreux noms vernaculaires associés à Aetobatus narinari sont utilisés dans des régions de l'Indo-Pacifique et doivent donc maintenant être associés à A. ocellatus. L'équipe DORIS a choisi le nom "raie aigle tachetée" qui semble fréquemment utilisé.

Origine du nom scientifique

Aetobatus : du grec [aetos] = aigle et [batis] = raie.
ocellatus : du latin [ocellatus]= ocelle*. Il s'agit d'une référence aux taches présentes sur le dos de ces raies. Chez certains spécimens, les taches sont foncées et cerclées de blanc.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Chondrichthyes Chondrichthyens Squelette cartilagineux, deux nageoires dorsales et une anale (primitivement), nageoire caudale hétérocerque*, deux paires de nageoires paires, bouche disposée sur la face ventrale.
Sous-classe Elasmobranchii Elasmobranches Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.
Super ordre Euselachii Sélaciens Raies et requins.
Ordre Rajiformes Rajiformes Les Rajiformes regroupent l'essentiel des raies. Poissons cartilagineux sans vessie natatoire, très plats mais apparentés aux requins.
Famille Myliobatidae Myliobatidés
Genre Aetobatus
Espèce ocellatus

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