Eolis de Filomène

Aeolidia filomenae | Kienberger, Carmona, Pola, Padula, Gosliner & Cervera, 2016

N° 4245

Côtes est de l'Atlantique de l'Ecosse au Portugal

Clé d'identification

Grand éolidien aplati
Marque blanche, en forme de Y, des tentacules oraux jusqu'au péricarde en passant entre les rhinophores (mais pas toujours distincte)
Nombreux cérates aplatis, plus larges à leur base et recourbés vers l'intérieur
Cérates, avec une coloration plus claire que le reste du corps, aux pointes blanches
Zone dépourvue de cérates entre les rhinophores et le péricarde

Noms

Autres noms communs français

Cette espèce a été confondue, jusqu'en 2016, avec Aeolidia papillosa (Linnaeus, 1761) et de ce fait a bénéficié des noms communs de cette dernière.

Noms communs internationaux

Du fait de la confusion, elle a bénéficié des noms communs de Aeolidia papillosa.

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Aeolis zetlandica Forbes & Goodsir, 1839
Aeolis lesliana MacGillivray, 1843

Distribution géographique

Côtes est de l'Atlantique de l'Ecosse au Portugal

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Cette espèce a été trouvée sur la côte atlantique de la péninsule ibérique et sur la côte atlantique française. Des individus ont aussi été trouvés et identifiés aux Pays-Bas et autour des îles Britanniques.

Biotope

Comme Aeolidia papillosa, avec laquelle elle a été longtemps confondue, on rencontrera cette espèce en eaux peu profondes : domaines intertidal* et infralittoral* peu profonds, en présence d'anémones de mer.

Description

C'est un des plus grands éolidiens de nos régions. Le corps peut atteindre 120 mm de long. Il est large et peu élevé, l'extrémité postérieure du pied est pointue. Les coins antérieurs du pied (tentacules* pédieux) sont tentaculiformes. La couleur de fond est variable, du blanc beige, saumon au verdâtre.

De petites taches blanches ou brun clair sont dispersées sur tout le corps. Il peut y avoir une marque blanche en forme de Y à partir des tentacules oraux, passant entre les rhinophores* jusqu'à l'aire péricardique*. Cette marque en forme de Y peut être très visible et d'un blanc opaque intense ou plus discrète (beige ou brun clair). De petites taches blanches ou beiges peuvent partiellement recouvrir ce motif en Y.

Les rhinophores translucides avec des points blancs ou brun clair sont coniques, émoussés et lisses. Les yeux (taches oculaires) ne sont visibles, à la base des rhinophores, que chez les individus les plus clairs.

Les tentacules oraux sont allongés, translucides avec de petites taches blanc opaque ou beige comme le reste du corps. Chez certains individus l'extrémité de ces tentacules peut être blanche.

Les cérates* sont aplatis, plus larges à leur base et recourbés vers l'intérieur. Ceux de la région antérieure et ceux près de l'extrémité postérieure sont plus petits que ceux du milieu. Les cérates ont une coloration plus claire que le reste du corps et leurs pointes sont blanches. Il y a présence d'une zone nue (sans cérates) derrière les rhinophores jusqu'à la zone du péricarde. Les cérates sont disposés en 16 rangs obliques comptant jusqu'à 8 cérates chacun. La glande digestive blanc-beige est visible par transparence.

Cette espèce est vraiment très proche de Aeolidia papillosa mais il y a quelques différences (voir la rubrique "espèces ressemblantes").

Espèces ressemblantes

Aeolidia papillosa (Linnaeus, 1761): l'essentiel des caractéristiques décrites ci-dessus est également valable, toutefois les cérates sont plus nombreux (jusqu'à 25 rangées de 8 à 12), ils sont allongés et minces, jamais aplatis. Leur diamètre est uniforme sur la plus grande partie de leur longueur. Leur coloration est plus sombre que le reste du corps. Leur extrémité est blanc-beige. Le gonopore* est localisé entre le 6ème et le 8ème rang de cérates du côté droit.

Les trois espèces suivantes sont plus petites.
Aeolidiella alderi (Cocks, 1852) : les premières touffes de cérates sont petites, avec de grands cnidosacs*, et forment une collerette caractéristique.
Aeolidiella glauca (Alder & Hancock, 1845) : pas de collerette caractéristique mais de petits points blancs sur le dos, les cérates et les tentacules.
Aeolidiella sanguinea Norman, 1877. Cette espèce rare est un peu plus grande que les deux précédentes. L'ensemble du corps y compris les cérates, les tentacules et les rhinophores sont jaune pâle, orange ou rouges et tous les appendices dorsaux ont des pointes blanches. La sole pédieuse est également blanche. Elle n'a pas non plus la collerette de cérates caractéristique de Aeolidiella alderi

Il faut toujours avoir à l'esprit que les mollusques sont des organismes extrêmement plastiques, que la coloration de beaucoup d'organismes dépend de nombreux facteurs et donc que la détermination d'une espèce peut être très délicate à partir de photographies.

Alimentation

Comme Aeolidia papillosa, avec laquelle elle a été longtemps confondue, A. filomenae se nourrit d'anémones de mer. il serait intéressant de préciser s'il s'agit des mêmes espèces. Avant d'attaquer sa proie, elle écarte complètement ses tentacules sensoriels et sécrète un abondant mucus pour se protéger des aconties* (filaments entièrement recouverts de cellules urticantes) projetées par l'anémone agressée.

Reproduction - Multiplication

Cette espèce annuelle (une seule génération par an) pond de petites capsules contenant des œufs blancs (parfois roses) placées dans un cordon de quelques millimètres de diamètre, disposé en spirale et entortillé sur le support.
Les larves* se dispersent dans le plancton* après leur éclosion.
Comme chez les autres nudibranches, l'accouplement est réciproque, ces animaux étant hermaphrodites*.

Vie associée

Il est probable que Aeolidia filomenae porte les mêmes parasites que Aeolidia papillosa (pour plus de précisions, consulter la fiche de cette espèce).

Divers biologie

Comme chez les autres éolidiens, les cellules urticantes des proies sont stockées dans l'extrémité des cérates. Ces cellules urticantes assurent ainsi une protection contre des agresseurs comme les poissons.

Tardy en 1964 a publié une description du comportement prédateur de ces espèces : "des Aeolidiens mangeurs d'Actinies tels que Aeolidia, Berghia, Spurilla, protègent leurs appendices les plus sensibles, palpes et rhinophores, en les rétractant entre les cérates qu'ils hérissent légèrement, tandis qu'ils se recouvrent d'un épais mucus protecteur; enfin le mufle se dévagine au maximum de sa longueur afin d'attaquer l'Actinie en laissant le plus d'espace possible entre elle et lui. Lorsque la proie est de petite taille comparée à celle du prédateur, celui-ci met moins de forme pour la dévorer".

L'anus est situé entre le 9ème et le 10ème rang de cérates du coté droit comme le gonopore* qui, lui, est entre le 4ème et le 5ème rang.

Informations complémentaires

Cette espèce, Aeolidia filomenae, a été décrite en 2016 dans l'article cité en référence (Kienberger & al. 2016)). Jusqu'à cette description les individus observés étaient confondus avec ceux de Aeolidia papillosa. La mise en évidence de cette espèce (et de deux autres en dehors du domaine de DORIS) a nécessité le séquencage de l'A.D.N. de 3 gènes (2 mitochondriaux et un nucléaire). Les différences morphologiques sont réduites, ce qui ne facilite pas la tâche, d'autant plus que Aeolidia filomenae et A. papillosa sont sympatriques* aux Pays-Bas et autour des îles britanniques !
Le spécimen type (celui qui sert de référence) a été récolté sous des algues du genre Laminaria à une profondeur de 6 mètres à La Corogne (Galice, Espagne).

Origine des noms

Origine du nom français

Traduction du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Aeolidia: du grec [Aeolis] = fille d'Eole, dieu grec du vent.
filomenae = de Filomène: cette espèce est dédiée à Matilde Filomena LOPEZ Gonzalez, née en Galice (Espagne) et grand-mère de Marta Pola, troisième auteur de l'article de la description de cette espèce.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Aeolidiina Eolidiens Corps long et effilé portant des cérates simples, alignés ou non sur plusieurs rangées ou en bouquets. Tête avec deux paires de tentacules, la postérieure (rhinophores) sans gaine. Coins antérieurs du pied parfois effilés en tentacule. La majorité consomme des cnidaires mais certains mangent d’autres opisthobranches ou des œufs de poissons.
Famille Aeolidiidae Eolidiidés Éolidiens au corps large, rhinophores et tentacules buccaux simples sans lamelles, pas de tentacule pédieux, cérates nombreux (non groupés) laissant le milieu du dos libre.
Genre Aeolidia
Espèce filomenae

Nos partenaires